Au fil des événements
 

7 septembre 2006

   

Université Laval

Cent fois sur le métier

Le mathématicien Frédéric Gourdeau remet continuellement son enseignement en question

par Jean Hamann

En début de carrière, Frédéric Gourdeau était fier d’être décrit comme un professeur exigeant et souriant, qui expliquait bien et avec enthousiasme, rendant sa matière plus motivante et plus facile à comprendre. «Cette description rendait bien compte de ce qui m’animait alors, reconnaît-il. Pour moi, l’enseignement devait amener les étudiants à aimer et à comprendre la matière enseignée.»
        
Mais le temps a passé et le professeur au Département de mathématiques et statistique en est venu à penser qu’il pouvait faire mieux. «Je crois qu’on sous-estime l’aspect humain de ce qui se passe dans les salles de classe. Un cours, c’est aussi une partie de la vie d’un étudiant», souligne-t-il. Il a donc puisé dans ses cinq années d’expérience en coopération internationale pour rajuster le tir. Son enseignement s’inspire maintenant des ateliers de formation qu’il dispensait aux bénévoles de Carrefour canadien international. «Il faut se soucier de ses étudiants en tant que personnes, insiste-t-il. Je ne me perçois pas comme un  spécialiste qui transmet de la matière aux étudiants, mais comme un humain qui aide d’autres humains à réaliser leurs projets et leur potentiel.»


     «Je ne suis pas contre le fait de valoriser la recherche. Je pense simplement qu’il faudrait en faire autant pour la pédagogie.»


Les évaluations enthousiastes que les étudiants font de ses cours et son implication dans une foule d’activités tant dans le milieu universitaire qu’auprès des élèves du primaire et du secondaire ne sont pas étrangères à la pluie d’honneurs qui s’abat sur Frédéric Gourdeau depuis quelque temps. Professeur-étoile de la Faculté des sciences et de génie chaque année depuis la création de cet honneur en 2000, récipiendaire du prix Distinction en enseignement  2004-2005 de l’Université Laval et lauréat du Prix d’excellence en enseignement de la Société mathématique du Canada pour 2006, il vient tout juste de recevoir le Prix 3M pour l’excellence de l’enseignement que la compagnie 3M Canada et la Société pour l’avancement de la pédagogie dans l’enseignement supérieur décernent à dix professeurs exceptionnels à travers tout le Canada. Le seul autre professeur de l’Université Laval à l’avoir reçu est l’historien André Ségal. « À mon arrivée ici, j’ai eu l’occasion de suivre un atelier de formation donné par le professeur Ségal. Ses propos sur le respect de l’étudiant m’avaient fortement impressionné et ils continuent de m’influencer onze ans plus tard. C’est la raison pour laquelle le fait de remporter le même prix que lui me touche beaucoup.»

La critique est bienvenue
Frédéric Gourdeau ne considère pas avoir atteint le sommet de son art pour autant. Pour lui, la meilleure façon de s’améliorer consiste à rester ouvert à la critique. Pendant les cours, il lui arrive de présenter la même notion de trois façons différentes et de demander aux étudiants laquelle leur semble la plus claire. À la fin de chaque session, il invite ses étudiants à faire une évaluation ouverte du cours. Tout y passe: ce qui leur a plu ou déplu et ce qu’il faut améliorer. Si le hasard place sur sa route d’anciens étudiants devenus professeurs, il en profite pour les questionner sur les points qu’il faudrait changer dans leur formation. 
        
Le professeur Gourdeau estime qu’en dépit de la création de plusieurs prix encourageant l’excellence en pédagogie, il reste encore beaucoup à faire pour donner à l’enseignement une importance équivalente à la recherche sur les campus universitaires. «Je ne suis pas contre le fait de valoriser la recherche, précise-t-il. Je pense simplement qu’il faudrait en faire autant pour la pédagogie.» Même s’il est en voie de devenir un habitué des honneurs nationaux, il estime qu’un programme comme celui des professeurs-étoiles de la Faculté des sciences et génie, qui récompense une quarantaine de professeurs chaque année, fait plus pour la cause de l’enseignement que l’attribution d’un seul grand prix. «Si on veut valoriser l’enseignement, il faut encourager les professeurs qui sont bons pédagogues en soulignant la qualité de leur travail et il faut donner un coup de pouce personnalisé aux professeurs qui éprouvent des difficultés, comme le fait le Bureau d’animation et de soutien à l’enseignement de notre Faculté. Dans les deux cas, on envoie un message clair aux étudiants et aux professeurs: la qualité de l’enseignement est importante à l’Université Laval.»