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7 septembre 2006

   

Université Laval

Dos bémol

Contrairement à l’idée reçue, les maux de dos graves ne diminuent pas avec l’âge

par Jean Hamann

Lorsque Clermont Dionne était étudiant, ses livres de réadaptation lui enseignaient que la prévalence des maux de dos augmentait jusqu’à l’âge de 55 ans puis diminuait par la suite. Les années ont passé, l’étudiant est devenu professeur au Département de réadaptation et chercheur à l’Unité de recherche en santé des populations, mais les livres de référence dans le domaine racontent toujours la même histoire. Cet état de choses lui semblait pour le moins étonnant considérant que les cas d’arthrite, d’usure des disques vertébraux et  d’ostéoporose augmentent tous avec l’âge et que les maux de dos sont l’un des quatre problèmes les plus fréquemment rapportés par les personnes âgées.
        
En collaboration avec ses collègues Kate Dunn et Peter Croft, de la Keele University (Grande-Bretagne), Clermont Dionne est donc retourné aux sources en recensant toutes les études portant sur la question qui ont été publiées depuis une quarantaine d’années. De cette masse de publications, les chercheurs ont sélectionné une cinquantaine d’études répondant à des critères stricts de qualité scientifique et ils en ont réanalysé toutes les données. La conclusion de ce patient travail, qu’ils rapportent dans une récente édition de la revue scientifique Age and Aging, publiée par la British Geriatrics Society, raconte une histoire au dénouement moins heureux. En effet, leur étude confirme bien que les maux de dos bénins se font plus rares après 55 ans, mais ce n’est pas le cas pour les maux de dos graves: la prévalence des problèmes de dos causant des incapacités importantes ne cesse d’augmenter avec le passage des ans.
        
Selon le professeur Dionne, deux éléments ont favorisé la croyance à une baisse des maux de dos chez les plus de 55 ans. Le premier est un biais d’échantillonnage que les épidémiologistes nomment l’effet du travailleur en santé. «La plupart des études sur les maux de dos ont été faites sur des travailleurs, signale le chercheur. Or, les travailleurs âgés qui ont de graves problèmes de dos quittent le marché du travail de sorte que ceux qui restent et que nous étudions sont bien portants.» L’autre élément tient du fait que l’on croyait que la plupart des maux de dos étaient causés par l’environnement physique au travail. «Le retraite venait régler la cause du problème, explique-t-il. On sait maintenant qu’il y a d’autres facteurs responsables des maux de dos et que la composante psychosociale serait même dominante dans ce type de problèmes.»
        
Le chercheur espère que son étude servira non seulement à corriger une croyance non fondée colportée dans les livres de référence en réadaptation, mais qu’elle alertera la société face à l’ampleur du problème qui l’attend au tournant. «Les maux de dos graves représentent à peine 8 % des cas, mais ils génèrent 80 % des dépenses liées à ce type de problème. Considérant le vieillissement rapide de la population, les maux de dos risquent de devenir un problème de santé publique encore plus préoccupant au cours des prochaines années. Il est plus important que jamais de prévenir les maux de dos graves sinon nous serons confrontés à une escalade rapide des coûts de santé.»