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31 août 2006

   

Université Laval

Thalassomaladie?

Les poudres d’algues peuvent induire des problèmes respiratoires

par Jean Hamann

Relaxants, adoucissants, revitalisants, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire les vertus des produits à base d’algues. Toutefois, l’exposition régulière et prolongée aux poudres d’algues pourrait induire des problèmes d’asthme chez les personnes qui travaillent dans des centres de thalassothérapie, laisse entendre Louis-Philippe Boulet, dans un récent article qu’il publie dans la revue Occupational Medicine.

Spécialiste des maladies respiratoires au Centre de recherche de l’Hôpital Laval, ce professeur de la Faculté de médecine a été appelé à étudier le cas d’une patiente chez qui on soupçonnait des problèmes d’asthme lié au milieu de travail. La dame de 33 ans était à l’emploi d’un centre de thalassothérapie où elle prodiguait des soins corporels faisant appel à des huiles essentielles, des gels d’oligoéléments, divers produits contenant du nickel, du cobalt et de la vitamine B 12 et aussi des poudres d’algues. Après deux années à ce poste, la travailleuse éprouvait divers ennuis de santé: toux récurrente, douleurs thoraciques, respiration sifflante, souffle court, irritation des yeux, obstruction nasale et éternuement. Les symptômes se manifestaient de façon plus aigue à la fin de ses journées de travail et ils disparaissent par magie lorsqu’elle était en congé.
        
Après avoir effectué plusieurs tests  non concluants, le professeur Boulet a eu l’idée d’exposer sa patiente à un échantillon d’air contenant la même poudre d’algues que celle qu’elle utilisait au boulot. Pendant une minute, elle a inhalé l’air d’un sac contenant une petite quantité de cette poudre très fine facile à mettre en suspension. La patiente a aussitôt montré des signes d’asthme. Sa capacité expiratoire a diminué de moitié en 30 minutes et il a fallu deux heures avant qu’elle ne retourne à la normale. Un test similaire effectué avec de la poudre de lait n’a produit aucun effet sur ses capacités pulmonaires.
        
Évidemment, comme il y a peu de poudre d’algues dans l’air que le commun des mortels respire quotidiennement, il ne s’agit pas là d’un problème de santé publique majeur. D’ailleurs, les risques seraient minimes à la maison en raison du faible niveau d’exposition. Par contre, les personnes qui utilisent ces produits dans le cadre de leur travail risquent d’éprouver des ennuis. «Environ 5 % des cas d’asthme sont d’origine professionnelle, signale  le professeur Boulet. On connaissait plus de 250 produits pouvant causer cette maladie en milieu de travail. Avec la poudre d’algues, la liste en contient un de plus.»
        
Le chercheur ignore pour l’instant s’il faut attribuer le problème à une protéine propre aux algues ou à des métaux comme le cadmium et le nickel que les algues absorbent en abondance et qui peuvent se retrouver dans les poudres. Dans un cas comme dans l’autre, «il faut prendre conscience de l’existence de ce problème de façon à prévenir la détérioration des capacités respiratoires des personnes qui travaillent dans les centres de thalassothérapie et qui sont sensibles à ce produit», signale-t-il.