Au fil des événements
 

31 août 2006

   

Université Laval

S’éveiller en Chine

Une quarantaine d’étudiants de l’Université ont effectué un stage d’études dans ce pays en pleine mutation

Par Renée Larochelle

Du 17 mai au 21 juillet, 41 étudiantes et étudiants de l’Université Laval, ont eu la chance d’effectuer un stage en Chine, à l’Université Nankai, en Chine. Située dans la ville de Tianjin, à 126 km au nord de Beijing, cette université compte quelque 30 000 étudiants et figure parmi les six meilleures universités de Chine. L’endroit a ceci de particulier que les étudiants, les professeurs et leurs enfants vivent tous ensemble sur ce campus comportant plus de 100 édifices et un marché de fruits et de légumes. Il semble que tout ce monde vive en parfaite harmonie, dans un environnement dépaysant à souhait pour des étudiants occidentaux.

«Au cours de leur séjour, les étudiants ont été en contact étroit avec la culture chinoise», explique Shenwen Li, professeur au Département d’histoire et responsable de ce stage, de concert avec Lucille Guilbert, également professeure à ce département. Ils ont suivi des cours de mandarin, d’histoire, de géographie, d’ethnologie, de philosophie, de littérature, d’économie, de cuisine, etc. En outre, ils ont participé à plusieurs rencontres organisées sous forme d’ateliers ou de conférences, notre but étant de favoriser les échanges culturels entre l’Université Nankai et l’Université Laval.» Dans le cadre de ce stage a eu lieu un colloque sur la culture chinoise et le monde, de souligner Shenwen Li, au cours duquel 14 conférenciers provenant de plusieurs universités chinoises, dont l’Université Nankai et l’Académie des sciences sociales de Chine, ont présenté le résultat de leurs recherches sur ce pays en passe de devenir la première puissance économique au monde. Les Québécois ont pu également s’entretenir avec des étudiants chinois qui maîtrisaient parfaitement la langue de Molière, et ce, après seulement deux années d’études. Un constat qui en a surpris plusieurs, en plus des usages et façons de vivre au quotidien qui diffèrent grandement de ceux des occidentaux.       

Partir de zéro
«En Chine, il est impossible d’aller quelque part sans rencontrer quelqu’un, relate Caroline Rodgers, étudiante en relations internationales et participante au stage. C’est le désordre complet ou plutôt le cahot organisé. Par exemple, les Chinois ne respectent pas les règles de la circulation et personne ne cède le passage à l’autre. Compte tenu de cette situation, il devrait y avoir beaucoup de collisions et d’accidents, mais il semble que ce ne soit pas le cas.» Même son de cloche pour Maude Morissette, étudiante en relations internationales et en langues modernes, qui a été ébahie de voir à quel point les gens arrivent à passer d’un endroit à un autre sans se faire écraser, qu’ils soient piétons, cyclistes ou automobilistes. «Il doit exister des règles tacites entre les personnes», pense-t-elle. Francis Gervais, lui, a eu l’étrange sensation d’être analphabète en arrivant en Chine. «On ne peut strictement rien lire, rien comprendre, constate cet étudiant en enseignement au secondaire. C’est le dépaysement complet et ça fait partie des joies d’un tel voyage : on est obligé de repartir de zéro. Autre chose : les étudiants croulent sous les travaux et ont beaucoup moins de liberté que nous pouvons en avoir.»

Une langue qui a du caractère
Toutes ces considérations ne doivent pas faire oublier que la quarantaine d’étudiants de l’Université Laval qui effectuaient un stage en Chine et dont plusieurs se destinent à une carrière en relations internationales le faisaient en grande partie pour y apprendre le mandarin. Si certains possédaient une certaine base dans cette langue, d’autres y faisaient leurs premier pas. «Tous les matins étaient consacrés à l’étude du chinois, raconte Caroline Rodgers. Nous apprenions chaque jour 25 caractères, ce qui est assez exigeant puisqu’en chinois, il faut non seulement retenir le mot mais aussi le dessin. Par contre, les règles de grammaire sont assez simples et il n’y a pas de temps de verbe.» En après-midi, place aux arts, où les étudiants ont non seulement appris les rudiments de la cuisine chinoise mais ont pu également en savoir davantage sur l’Opéra de Pékin, unique en son genre.

Le plus beau souvenir de Caroline Rodgers demeure ce moment où, se promenant à vélo dans la campagne chinoise en compagnie de Marc Saint-Pierre, étudiant en relations internationales, elle a été invitée tout à fait par hasard à visiter l’école secondaire de Pingyao, par les élèves qui avaient remarqué leur présence. «Cela a été un moment magique, dit-elle. Les Chinois sont extrêmement curieux et voulaient savoir d’où nous venions, où nous avions acheté nos vêtements, si nous étions mariés…» Maude Morissette, elle, parle de cette croisière sur le Yang-Tsé Kiang, où elle a pu prendre la mesure de l’immense beauté de la Chine. «Malheureusement, le barrage érigé récemment sur le fleuve fait en sorte que tout un héritage culturel va disparaître d’ici 2008, dont des sites archéologiques et des villages millénaires, déplore-t-elle. Et tout cela pour accroître d’à peu près 10% la production d’électricité, en fait, pour produire plus de richesses. Dommage.»