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31 août 2006

   

Université Laval

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Les gènes de l’espoir

Espèce en voie de disparition, le chevalier cuivré se révèle toutefois bien armé sur le plan génétique pour refaire surface

par Jean Hamann

Si jamais la population de chevaliers cuivrés continue de péricliter, ce ne sera pas en raison de consanguinité ou d’érosion de son patrimoine génétique. En effet, cette espèce, qui compte à peine 600 spécimens toujours vivants sur la planète, a déjoué les prévisions des biologistes en affichant une diversité génétique comparable à celle de poissons aussi abondants que la perchaude. «Il s’agit d’une heureuse surprise qui risque d’aider les efforts de conservation de cette espèce», commente Louis Bernatchez, du Département de biologie.
        
L’étudiante-chercheure Catherine Lippé, le professeur Bernatchez et leur collègue Pierre Dumont, du ministère des Ressources naturelles et de la faune, viennent de compléter une étude quantifiant la diversité génétique de ce poisson auquel le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada a accolé le statut «en voie de disparition» en novembre 2004. Autrefois plus répandu et plus abondant, le chevalier cuivré est aujourd’hui confiné au Sud du Québec en raison de ses exigences écologiques élevées. Fine bouche – en dépit des apparences -, il se nourrit presque exclusivement de mollusques qu’il broie grâce à son pharynx garni de dents ressemblant à des molaires humaines.
        


L’équipe du biologiste Louis Bernatchez a conçu le plan de reproduction de l’espèce pour les dix prochaines années



Plusieurs indices portent à croire que la reproduction de cette espèce va mal. D’une part, les deux seules frayères connues se trouvent dans la rivière Richelieu, un cours d’eau menacé par la destruction d’habitat et la pollution. D’autre part, la taille moyenne des chevaliers cuivrés est en hausse et aucun juvénile de plus de deux ans n’a été capturé en 30 ans, deux signes indiquant clairement que peu de jeunes survivent. Pour déterminer si cette situation risque d’entraîner le chevalier cuivré dans un goulot d’étranglement sur le plan génétique, l’équipe de Louis Bernatchez a identifié des marqueurs moléculaires pour cette espèce et elle les a testés sur des échantillons provenant des nageoires et d’écailles de près de 300 poissons capturés entre 1984 et 2004. Les analyses, présentées dans un récent numéro de Molecular Ecology et dans un rapport remis au Fonds de rétablissement des espèces en péril, indiquent que même si elle est vieillissante, la population de chevalier cuivré possède un niveau de diversité génétique très élevé et un taux de consanguinité quasiment nul. Les chercheurs ont aussi établi que les spécimens capturés dans le Richelieu et dans le Saint-Laurent ne formaient qu’une seule et même population, épargnée jusqu’à maintenant par l’érosion génétique.
        
Des particularités du cycle vital du chevalier cuivré expliqueraient ces surprenants résultats. «Chez cette espèce, la maturité sexuelle arrive vers l’âge de 15 ans et l’âge moyen des poissons qui se reproduisent aujourd’hui est de plus de 20 ans, explique Louis Bernatchez. En fait, la diversité génétique que nous mesurons est celle d’un sous-échantillon de poissons qui vivaient il y a quelques générations. La longévité élevée et la maturité tardive de l’espèce favorisent la rétention de la diversité génétique, malgré les faibles effectifs actuels.»
        
Pour conserver cette étonnante diversité, il faudra toutefois accroître la population en procédant à des ensemencements. L’équipe de Louis Bernatchez a d’ailleurs conçu le plan de reproduction de l’espèce pour les dix prochaines années. Environ 200 000 jeunes sont produits chaque année à partir des gamètes d’une vingtaine d’adultes capturés sur le terrain. «Nous pouvons dresser, en moins de 24 heures, le profil génétique des adultes. De cette façon, on évite les croisements consanguins, assure le professeur. Éventuellement, on pourra même déterminer quelle proportion des jeunes provient du programme d’ensemencement et quelle proportion provient de la reproduction naturelle. Si la population de chevaliers cuivrés continue de décliner, ce ne sera pas faute d’avoir instauré des mesures pour préserver sa diversité génétique.»