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11 mai 2006

   

Université Laval

Santé: l'impasse financière ne serait pas totale

Jean-François Guimond remet en question deux arguments clés du gouvernement en matière de financement du système

par Yvon Larose

L'impasse financière anticipée du système de santé ne serait ni aussi importante que le laisse croire le ministère de la Santé et des Services sociaux ni incontournable. De plus, la garantie de l'amélioration de l'accès aux services de santé ne passerait pas nécessairement par le recours au financement privé. Ces affirmations, qui vont à l'encontre d'un certain consensus social, Jean-François Guimond, professeur au Département de finance et assurance, les a formulées récemment devant la Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Le mémoire qu'il y a présenté répondait au document de consultation de la Commission intitulé Garantir l'accès: un défi d'équité, d'efficience et de qualité. "Il est prématuré de voir l'impasse financière aussi importante, souligne le professeur. Il faut plus d'information avant de dire qu'on se dirige tout droit vers un précipice." Jean-François Guimond ajoute que, dans le document de consultation, l'analyse des coûts et des bénéfices liés au système de santé est incomplète, puisqu'elle ne quantifie en dollars que les coûts et non les bénéfices attendus de l'amélioration de l'efficience des services. "De plus, les hypothèses de prévision ne tiennent pas compte de toutes les sources de revenus, notamment des revenus de retraite, dit-il. Il est inexact de dire que seuls les travailleurs actifs soutiendront les retraités. Ces derniers continueront à financer le système de santé grâce à leurs revenus imposables provenant de leurs régimes de retraite."

Le document de consultation propose la création de cliniques privées pour améliorer l'accès aux services de santé. Mais, pour Jean-François Guimond, certaines conditions doivent être respectées pour que cela soit avantageux en matière de ressources matérielles, humaines ou financières. Selon lui, dans les conditions actuelles, la marche est haute pour que ce soit avantageux. "Les cliniques privées n'ont pas un meilleur pouvoir d'achat que le gouvernement, indique-t-il. La pénurie actuelle des ressources humaines forcerait le privé à payer plus cher que le système public, même en ce qui a trait aux avantages sociaux. Et le privé ne peut pas se financer à meilleur taux que le secteur public puisque celui-ci a un avantage concurrentiel sur le coût d'emprunt." Selon Jean-François Guimond, le seul avantage des cliniques privées pourrait se situer sur le plan d'une flexibilité accrue qui ne sera pas gratuite, toutefois.

Un facteur de productivité
Jean-François Guimond croit qu'il faut changer la perspective d'analyse du système de santé. "Il faut voir le système de santé comme un moyen de création de richesse, et non comme un simple poste de dépense, explique-t-il. En soignant les gens plus vite et en réduisant le nombre d'hospitalisations, soit grâce au virage ambulatoire ou à de meilleurs médicaments, on ne fait pas que réduire ou contenir les coûts, on augmente aussi la productivité, car les gens sont absents du travail moins longtemps." Selon lui, cette productivité accrue augmente les revenus de la société, le PIB, ce qui augmente les revenus de l'État car ils sont liés à l'économie totale. "Le lien entre les dépenses de santé et leurs revenus n'est pas direct, ajoute-t-il, mais il existe tout de même. On peut et on doit analyser ce lien."

Le mémoire de Jean-François Guimond contient cinq recommandations. Il est notamment proposé de quantifier en dollars les gains anticipés des améliorations proposées, d'étudier sérieusement l'effet du vieillissement de la population et d'explorer d'autres options que le recours au privé pour le financement du système de santé. Le mémoire est disponible à l'adresse suivante: www.fsa.ulaval.ca/personnel/guimondj/Interventions.htm