Au fil des événements
 

11 mai 2006

   

Université Laval

Lâchez pas, les gars!

La "crise du cégep" est souvent une étape difficile à franchir pour les garçons

par Renée Larochelle

La mise en place de groupes de soutien dès le début de la première session d'études, le tutorat maître-élève, la formation des enseignants et le marketing social constituent des mesures gagnantes pour la réussite scolaire des garçons aux études collégiales. C'est ce qui se dégage d'une étude menée par un collectif de recherche dirigé par Gilles Tremblay, professeur à l'École de service social et par Hélène Bonnelli, psychologue au Cégep Limoilou, auprès d'étudiants de ce collège inscrits en Technologies du génie électrique et Technique de l'informatique, deux programmes à clientèle fortement masculine. S'étendant de l'automne 2001 à l'hiver 2004, le projet visait à mieux comprendre l'expérience d'intégration des garçons aux études collégiales et à expérimenter diverses mesures de soutien favorisant leur persévérance et leur réussite scolaire.

"Pour nombre de garçons, le cégep demeure un lieu de passage difficile, explique Gilles Tremblay. Alors que le diplôme d'études collégiales devient de plus en plus un diplôme de base pour l'accès au travail, les garçons diplôment dans une proportion nettement moindre que celle des filles en formation pré universitaire: 58 % contre 69 %. En formation technique, l'écart s'avère encore plus important, soit 46 % contre 58 %. Au-delà de cette différence de performance entre les filles et les garçons, le taux d'échec et d'abandon scolaire sont plus importants pour ces derniers."

De manière générale, ont noté les chercheurs, les garçons s'estiment moins compétents que les filles et sont moins portés à demander de l'aide. Dans cette période de transition qu'est l'entrée au collégial, les garçons éprouveraient davantage de difficultés que les filles à gérer leur stress et leurs émotions. Plus centrés sur le moment immédiat, ils ont plus de difficultés à se projeter vers l'avenir. Dans cet esprit, il faut développer des moyens pour recentrer régulièrement les garçons sur leur but, l'un des éléments-clés de la motivation menant à la réussite scolaire, de constater Gilles Tremblay. "Certains élèves ne comprennent pas le lien existant entre les cours de philosophie et les cours de français et leur programme d'études, note le professeur. Il faut leur dire que tous ces cours peuvent leur servir et les inciter à aller de l'avant, même si le lien n'est pas évident de prime abord."

Casser la glace
Après avoir mené des entrevues auprès du personnel enseignant et des étudiants, l'équipe de chercheurs s'est lancée dans l'action, appliquant les mesures visant à permettre aux garçons de maintenir le cap sur leurs études et de ne pas sombrer dans les abîmes du décrochage. Lors de la première année d'expérimentation, une vingtaine de groupes de soutien ont été formés pour un total de 253 étudiantes et étudiants, dont 94 % de garçons, tous nouvellement inscrits dans leur programme d'études. Mises sur pied dès la rentrée scolaire, ces rencontres animées par les enseignants ont permis aux élèves de créer des liens, de s'informer sur leur nouveau milieu et discuter de méthodes de travail appropriées. On pouvait aussi y détecter les élèves dits à risque, qui étaient référés au besoin à différents services (psychologie, orientation, administration, etc.).

Autre mesure mise de l'avant: le tutorat maître-élève, prenant la forme de rencontres informelles, pour que le jeune ait la possibilité de parler de ses problèmes à l'enseignant, que ce soit sur le plan personnel ou scolaire. "Plusieurs jeunes proviennent de régions éloignés et sont confrontés pour la première fois à la vie en ville et en appartement, dit Gilles Tremblay. Ils ont besoin d'aide, du moins au début. C'est d'autant plus important que 35 % des jeunes abandonnent dès la première année." Pour soutenir les étudiants dans leur démarche d'intégration, une formation a été offerte aux enseignants. Des spécialistes de la condition masculine et en relation d'aide ont notamment discuté du regard que porte la société sur les garçons ainsi que des habiletés menant à une meilleure communication avec cette clientèle. Enfin, on a lancé une campagne de marketing social dont certains messages s'adressaient spécifiquement aux garçons: "Lâchez pas les gars, vous avez tout pour réussir!" D'autres interpellaient à la fois les élèves et le personnel du cégep: "Je ne suis pas juste là pour parler, je sais écouter!" Outre ces affiches, des articles et des communiqués faisant la promotion d'activités sur la réussite scolaire ont été publiés dans le journal du cégep, de même que sur le site Web de l'institution.

Atteindre son but
Les résultats de cette recherche-action sont très positifs. En effet, les chercheurs ont observé une augmentation du taux de persévérance chez les élèves faibles et une diminution du décrochage. Après la première session d'intervention, le taux de persévérance était significativement plus élevé pour la cohorte 2002 (82 %) et 2003 (88 %) que pour la cohorte 2001 (78 %), c'est-à-dire celle qui n'avait pas été exposée aux interventions. De plus, les élèves qui ont participé à la première année d'expérimentation ont été moins nombreux à changer de programme. "Une transition comme l'entrée au cégep, c'est une crise et il faut aider les garçons à passer au travers, souligne Gilles Tremblay. Si nous en avons aidé plusieurs à persévérer dans les études, comme les résultats de notre recherche l'indiquent, nous avons atteint notre but."