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16 mars 2006

   

Université Laval

Un toast à la santé dentaire

Certains composés du raisin auraient des effets protecteurs contre les maladies parodontales

par Jean Hamann

Des composés antioxydants retrouvés dans les fruits, le thé vert et le vin rouge pourraient servir à traiter les maladies parodontales. C'est ce que suggère une étude rendue publique par les chercheurs Vanessa Houde, Daniel Grenier et Fatiha Chandad, de la Faculté de médecine dentaire, lors d'une conférence présentée le 10 mars à Orlando, à l'occasion de 35e Congrès annuel de l'American Association for Dental Research.

Cette découverte, à laquelle les amateurs de vin porteront sûrement un toast, constitue une nouvelle réjouissante pour les gens qui aux prises avec ce problème buccal. On estime que 15 % des personnes de moins de 50 ans et 65 % des personnes de plus de 50 ans souffrent de maladies parodontales. Cette maladie inflammatoire chronique attaque les gencives et le tissu osseux qui entourent la dent et peut conduire au déchaussement et à la perte des dents.

Les maladies parodontales résultent d'une série d'événements enclenchés par les bactéries de la bouche. Lorsque des cellules de défense du corps, appelées macrophages, viennent en contact avec certaines molécules (des lipopolysaccharides) produites par ces bactéries, ils sécrètent du monoxyde d'azote et d'autres composés oxydants qui attaquent les tissus mous et les tissus osseux. Les maladies parodontales feraient partie, en quelque sorte, des dommages collatéraux de la guerre que se livrent les macrophages et les bactéries de la bouche.

Lors d'expériences réalisées in vitro, les chercheurs de la Faculté de médecine dentaire ont exposé des macrophages à des lipopolysaccharides produits par deux espèces de bactéries associées aux maladies parodontales. Comme prévu, les macrophages ont alors synthétisé des quantités appréciables de molécules oxydantes. Par contre, lorsque les macrophages étaient mis en présence de composés phénoliques contenus dans le raisin avant d'être exposés aux lipopolysaccharides, la quantité de molécules oxydantes produites subissait une réduction de l'ordre de 40 à 60 %. "Nos résultats démontrent que les polyphénols du raisin, qui se retrouvent aussi dans le vin rouge, ont de puissantes propriétés antioxydantes. Ils pourraient donc avoir des effets bénéfiques contre le stress oxydatif causé par les bactéries responsables des maladies parodontales", concluent les chercheurs.

Toutefois, personne ne pourra utiliser ce prétexte pour s'envoyer un petit rouge derrière la cravate ou pour réclamer le remboursement d'une caisse de Bordeaux à son assurance-médicaments. En effet, comme le précise Simone Lemieux, professeure au Département des sciences des aliments et de nutrition, "les composés phénoliques en question se retrouvent naturellement dans le raisin et les autres fruits foncés comme les canneberges, les fraises, les bleuets et les mûres".

"Notre étude ne visait pas à démontrer que le vin rouge peut améliorer la santé dentaire, précise d'ailleurs Daniel Grenier. Le vin est un produit acide qui attaque l'émail des dents et qui peut avoir d'autres effets néfastes sur la santé. Nous cherchons plutôt à isoler des molécules qui pourraient remplacer les antibiotiques dans le traitement des maladies parodontales. Sur ce plan, les polyphénols du raisin offrent un potentiel intéressant."