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16 mars 2006

   

Université Laval

À contre-courant

Des chercheurs du Département de réadaptation remettent en question le recours à l'électrothérapie dans le traitement des lésions cutanées

par Jean Hamann

Une étude réalisée par deux chercheurs du Département de réadaptation semble créer certaines tensions dans le monde de la physiothérapie. En effet, dans une récente édition de la revue Physical Therapy, Charles Godbout et Jérôme Frenette rapportent que l'électrothérapie, une procédure employée pour accélérer la guérison des blessures cutanées chez les personnes diabétiques, paraplégiques ou alitées pour de longues périodes, ne produit pas toujours les effets escomptés. Les deux chercheurs arrivent à cette conclusion après avoir testé l'effet d'un courant électrique sur un modèle expérimental de blessure tissulaire.

En théorie, l'application d'un courant électrique devrait favoriser la migration des cellules responsables de la réparation des tissus endommagés - les fibroblastes -, et accélérer la guérison des blessures. Pour mettre la théorie à l'épreuve, les deux chercheurs ont élaboré un modèle tissulaire qui reproduit, bien imparfaitement, reconnaissent-ils, ce qui se passe dans le corps à la suite d'une blessure. Ils ont d'abord cultivé in vitro un tissu formé de quelques couches de cellules puis, à l'aide d'une pipette, ils l'ont égratigné pour simuler une blessure. Ils ont ensuite mesuré la vitesse à laquelle les cellules réparatrices se déplaçaient vers la blessure et le temps qu'elles prenaient pour la refermer, en faisant varier l'intensité du courant électrique auquel était soumis le montage expérimental.

Résultats? Le courant électrique n'a pas accéléré la migration des cellules ni la réparation des tissus. Les voltages élevés, maintenus pendant une période prolongée, ont même ralenti le processus de réparation de la blessure. "Il semble que la migration des cellules fonctionne déjà de façon optimale et que l'application d'un courant électrique interfère avec les signaux moléculaires ou cellulaires qui la contrôle", avancent les auteurs de l'étude.

Ces conclusions risquent de perturber les habitudes des physiothérapeutes qui avaient adopté l'électrothérapie sans mettre en doute ses fondements. D'ailleurs, la publication de l'article des chercheurs de l'Université n'a pas fait que des heureux. Fait plutôt rare, un chercheur américain, qui avait agi comme arbitre pour la revue, a publié un commentaire critique de quatre pages sur leur étude dans le même numéro. Pourtant, Charles Godbout et Jérôme Frenette sont bien loin de réclamer qu'on passe l'électrothérapie à la trappe. "Certaines études ont déjà rapporté des effets bénéfiques de ce traitement, souligne Charles Godbout. Tout ce que nous disons est qu'au lieu d'appliquer l'électrothérapie de façon routinière sans poser de questions, il faut faire de la recherche pour découvrir les conditions qui permettent de l'utiliser avec une efficacité optimale."