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2 février 2006

   

Université Laval

Privatiser les soins ou non?

Un système de santé public avec des partenaires privés souples et imaginatifs serait peut-être la solution

Par Renée Larochelle

Cessons de considérer le système privé comme un désaveu du système public et comme un compétiteur. Arrêtons d'envisager la venue du privé comme la réponse ultime aux problèmes actuels du monde de la santé. À travers tous ces questionnements quant au système de santé idéal, demandons-nous en quoi la venue du privé peut accroître l'efficience du système public actuel.

C'est en ces termes que Chantal Gravel, chargée d'enseignement au Département de management et auteure du livre "Le défi du monde de la santé, comment humaniser les soins et les organisations " (PUQ), pose la question de la privatisation des soins de santé. "Il faut cesser d'avoir peur de ce qui est différent, explique Chantal Gravel. On pourrait très bien avoir un système public fort avec des partenaires privés capables de faire preuve de souplesse et d'imagination. " Invitée à participer au débat récemment organisé par la Chaire publique de l'AELIÉS sur la privatisation des soins de santé, cette consultante en développement organisationnel estime qu'il faut éviter d'envisager la privatisation des soins de santé dans un optique de segmentation de la clientèle. "Si la richesse est inégalement répartie, la souffrance, elle, est très démocratique", affirme Chantal Gravel.

D'égal à égal
Organisation d'une grande complexité, le monde de la santé doit composer avec l'évolution extrême rapide des savoirs et des technologies. De plus, le personnel fait face à une nouvelle clientèle. Aujourd'hui, le client veut avoir le choix, il "magasine" son professionnel de la santé et peut choisir entre différentes médecines. Il peut même aller se faire traiter dans d'autres pays, s'il en a les moyens. "Le client a des droits et il a des outils pour les faire valoir, dit Chantal Gravel. Il a développé des réflexes de client-payeur et fait un lien entre son chèque de paie, ses impôts et les services reçus. Sa relation avec les professionnels de la santé a changé : il ne veut plus être passif et soumis mais être traité d'égal à égal."

Selon Chantal Gravel, rien n'est pourtant perdu dans le réseau de la santé, le bien-être du client demeurant au centre des préoccupations de ceux et celles qui y oeuvrent. À preuve : les professionnelles de la santé apprennent de plus en plus à travailler ensemble, sans compter que la frontière entre les mode préventif et curatif de traitement s'amenuise. "Depuis 10 ans, il y a eu un grand chemin de parcouru, affirme Chantal Gravel, même si plusieurs parlent de dégradation. Mais il n'est pas facile d'accroître l'efficacité du système public de santé dans un environnement dominé par une population vieillissante, tout en contrôlant les coûts."