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2 février 2006

   

Université Laval

Gardes malades

La restructuration du réseau de la santé a hypothéqué la santé des infirmières

par Jean Hamann

La réforme du réseau de la santé a eu une incidence négative sur la santé des infirmières québécoises révèle une étude menée par une équipe de la Faculté de médecine. En effet, le suivi sur une période de six ans de 1 454 infirmières oeuvrant dans 13 centres hospitaliers démontre qu'une hausse des absences pour cause de maladie est survenue dans la foulée de la réforme. L'incidence des congés et leur durée se sont particulièrement accrues lorsque la cause de l'absence était en lien avec un problème de santé mentale au travail.

Publiée dans un récent numéro de la revue Relations industrielles, l'étude menée par Renée Bourbonnais, Chantal Brisson, Michel Vézina, Benoît Masse et Caty Blanchette documente l'effet de la réforme implantée en 1996-1997 sur l'incidence et la durée des congés de maladie. Les chercheurs n'ont retenu dans leurs analyses que les absences de trois jours ou plus, survenues entre 1993 et 1999, et confirmées par un billet du médecin. Pendant cette période, 52 % des infirmières se sont absentées au moins une fois du travail; au moins les deux tiers de ces congés se rapportaient à des diagnostics "potentiellement reliés à l'environnement psychosocial au travail".

L'incidence des absences, toutes causes confondues, n'a pas augmenté significativement entre 1993 et 1999, mais leur durée moyenne est passée de 26 jours avant la restructuration à 50 jours deux ans après la réforme. Par ailleurs, lorsque les chercheurs ont considéré uniquement les absences dues à des problèmes de santé mentale au travail, ils ont observé que l'incidence des congés passait à plus du double et que leur durée moyenne bondissait de 41 à 66 jours.

Des entrevues réalisées avec les infirmières à l'automne 1997 et 1998 ont révélé que certaines caractéristiques du travail augmentaient le risque de maladie. Ainsi, les infirmières dont le travail comportait une faible latitude décisionnelle et des exigences élevées sur le plan psychologique avaient un risque presque deux fois plus élevé de maladie que si leur tâche possédait les attributs contraires. Par ailleurs, l'absence de soutien social et une faible reconnaissance du travail augmentait le risque de maladie de 53 % et de 41 % respectivement. Fait intéressant, les infirmières qui rapportaient un niveau élevé de reconnaissance au travail n'étaient pas à risque de s'absenter, et ce, peu importe les contraintes de leur tâche.

Le seul élément positif qui se dégage de ce triste portrait est que plusieurs des facteurs de risque identifiés sont modifiables. Afin d'offrir un environnement de travail adéquat aux infirmières, les chercheurs en appellent donc à un meilleur dosage entre la charge de travail et la latitude décisionnelle, à une meilleure écoute du personnel et à une culture organisationnelle qui valorise le respect des personnes et reconnaît leur contribution. "Les solutions aux problèmes de santé mentale au travail ne sont pas uniquement de nature psychologique, concluent-ils. Elles peuvent aussi provenir d'une amélioration des pratiques de gestion."