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2 février 2006

   

Université Laval

Des restes dans le frigo

Des sociologues dressent pour la première fois un inventaire potentiel des sites abandonnés d'exploration minière au Nunavik

par Renée Larochelle

Avant l'adoption de la Loi sur la qualité de l'environnement, en 1976, au Canada, les compagnies minières qui venaient faire de la prospection au Nunavik n'étaient pas tenues de nettoyer les sites exploités et pouvaient y laisser de l'équipement lourd sans s'inquiéter des conséquences de leurs actes sur la nature. Avec le résultat qu'aujourd'hui, des tonnes de déchets de toutes sortes jonchent le sol du Nunavik. La liste de ce que ces compagnies ont laissé derrière elles fait frémir: cabines de forage, tracteurs, motoneiges, câbles, camions, boîtes de conserve, sans compter des produits toxiques comme l'huile, l'essence et le kérosène.

En 1999, trois membres de la Chaire de recherche du Canada sur la condition autochtone comparée, Gérard Duhaime, Nick Bernard et Robert Comtois, ont mis sur pied un projet pilote afin d'identifier ces sites pouvant représenter un danger pour la santé humaine et pour l'environnement. Leur but: discuter avec le gouvernement fédéral des impacts potentiels associés aux sites et entreprendre des actions afin de limiter les dégâts. "Nous voulions obtenir le plus de renseignements possible afin de déterminer le nombre de sites abandonnés, leur localisation et, surtout, cibler ceux qui contenaient des substances toxiques, explique Nick Bernard. Mais comme le Nunavik, avec ses 500 000 km2, est un territoire immense aussi vaste que l'Espagne, la chose était loin d'être facile." Le survol aérien et l'imagerie par satellite s'étant avéré des opérations coûteuses et parfois fastidieuses - le couvert de neige rendant problématique l'identification des sites ­ ce sont les témoignages d'informateurs clés recrutés parmi les habitants des municipalités, conjugués aux données figurant dans le Catalogue des gîtes minéraux du Québec qui ont mis les chercheurs sur la piste des sites potentiels.

Des bombes à retardement
Le Nunavik compte actuellement 595 sites potentiels d'exploration minière contenant de l'équipement lourd et toutes sortes de déchets ayant été abandonnés durant les travaux menés avant 1976. De ce nombre, 196 sites comportent de gros barils d'huile. "On ne peut certifier vraiment si ces barils sont pleins, précise Nick Bernard. Mais s'ils le sont et qu'ils se brisent, ce pourrait être une véritable bombe à retardement. L'huile pourrait se répandre dans la nappe phréatique, avec toutes les conséquences d'un tel déversement sur l'environnement et sur la santé des humains. Et on peut sans peine imaginer que d'autres types de produits chimiques pourraient se déverser dans la nature."

Depuis 2000, plusieurs groupes environnementalistes demandent que le gouvernement fédéral entreprenne des actions afin de nettoyer les sites, de rappeler Nick Bernard. En 2004, le gouvernement fédéral a débloqué des fonds pour nettoyer les sites. "Notre inventaire suggère qu'il reste beaucoup à faire pour redresser les négligences du passé et harmoniser le développement économique avec des enjeux sociaux et environnementaux", conclut Nick Bernard.