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2 février 2006

   

Université Laval

La dépendance à l'aide sociale se transmet-elle entre les générations?

Une équipe de chercheurs du Département d'économique établit un lien direct entre la participation des parents et celle de leurs enfants

par Renée Larochelle

Au Québec, une personne dont les parents ont été bénéficiaires de l'aide sociale risque fort de faire appel elle aussi à cette forme d'aide, une fois arrivée à l'âge adulte. Au terme d'une vaste étude publiée dans le dernier numéro du Journal of Population Economics, une équipe de chercheurs du Centre universitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi (CIRPÉE) de l'Université Laval composée de Nicolas Beaulieu, Jean-Yves Duclos, Bernard Fortin et Manon Rouleau conclut qu'il existe bel et bien un lien entre le fait de faire appel à l'aide sociale et celui d'avoir eu des parents y ayant eu recours. Cette recherche a analysé les demandes de prestations d'aide sociale de 17 203 jeunes adultes âgés de 18 ans en 1990 et dont les parents avaient été bénéficiaires de l'aide sociale durant au moins un mois entre 1979 et 1990.

"Statistiquement, nous constatons qu'une hausse de 10 % du taux de participation des parents à l'aide sociale quand leur enfant a entre sept et 18 ans entraîne à son tour une hausse du taux de participation de 3 % à l'aide sociale chez l'enfant devenu jeune adulte (18-21 ans), explique Bernard Fortin. Notre recherche montre aussi que cet impact se fait davantage sentir durant la période où l'enfant est âgé entre 7 et 9 ans, au moment où il conteste peu le modèle parental, et celle où il s'apprête à entrer dans l'âge adulte, c'est-à-dire vers l'âge de 16 et 17 ans."

Pour les générations futures
L'enfant qui voit ses parents remplir une demande de prestations d'aide sociale, recevoir un chèque du gouvernement fédéral ou qui entend souvent parler du sujet dans son quotidien, "apprend" en quelque sorte de ses parents. En outre, ayant souvent peu de contacts avec le monde du travail, il demeure moins informé de ce qui s'y passe et des possibilités qu'il pourrait y trouver dans le futur. Enfin, à l'âge de 18 ans, au moment où il perd son statut d'étudiant tout en habitant encore le foyer familial, il peut être incité par ses parents - qui voient en même temps le montant de leur chèque diminuer - à s'adresser à l'aide sociale.

"Au-delà de ce lien de causalité, d'autres caractéristiques transmises entre générations et influençant la dépendance à l'aide sociale peuvent aussi jouer un rôle important, souligne Bernard Fortin, comme le fait d'avoir un faible taux de scolarité, d'habiter une région où le recours à l'aide sociale est élevé ou plus généralement de vivre dans la pauvreté. Sur le plan des politiques sociales, nos résultats montrent que les mesures qui réussissent à réduire la participation à l'aide sociale des parents ont aussi des effets importants sur la dépendance à l'aide des générations futures. On doit en tenir compte dans l'évaluation de ces mesures."