Au fil des événements
 

26 janvier 2006

   

Université Laval

Opération Morilles

J.-André Fortin prévoit une année record pour les morilles québécoises, mais saurons-nous en profiter?

par Jean Hamann

Une manne risque de s'abattre sur le Nord québécois en 2006 et il faut s'organiser rapidement pour en tirer profit. C'est la raison pour laquelle le professeur J.-André Fortin, du Département des sciences du bois et de la forêt, lance l'opération Morilles 2006. "Dans les deux premières années qui suivent un feu de forêt, il y a des poussées considérables de morilles, signale l'expert en mycologie. En 2005, près de 400 000 hectares de forêts ont brûlé dans le nord québécois. S'il y avait des morilles en quantités industrielles sur une partie de ces sites, en 2006, que ferions-nous?"

La morille est le deuxième champignon gastronomique le plus recherché au monde après la truffe et elle se transige à des prix qui ne cessent de grimper. "Il y a une grande demande pour ce champignon, particulièrement en Europe, au Japon et en Amérique", souligne-t-il. Les explosions de morilles après feu étaient bien connues dans l'Ouest canadien, mais ce n'est que tout récemment qu'elles ont aussi été documentées au Québec par Luc Sirois, chercheur au Centre d'études nordiques et professeur à l'UQAR.

Pour organiser la récolte, il faut se préparer de longue date, insiste le professeur Fortin. Il faut d'abord repérer les sites incendiés sur des cartes topographiques et, dès le début de la saison, repérer rapidement les sites productifs. Entre temps, il faut mobiliser non seulement les cueilleurs, mais aussi les pourvoyeurs qui les logeront, les acheteurs de champignons, les investisseurs, en plus d'organiser la livraison des morilles vers les entreprises de transformation situées plus au sud.


Le Centre de recherche en biologie forestière organise une conférence et des ateliers sur la mise en valeur de ces champignons, le 2 février, à l'amphithéâtre du pavillon Kruger



Ardent promoteur d'une industrie québécoise de la récolte des champignons forestiers, J.-André Fortin lance donc un appel aux troupes pour qu'elles soient prêtes à passer à l'action si jamais le Klondyke annoncé se matérialisait. C'est la raison pour laquelle il lance l'opération Morilles 2006, dont le coup d'envoi aura lieu le 2 février à l'amphithéâtre du pavillon Kruger.

À compter de 9 h, la mycologue américaine Trish Wurtz présentera le résultat de l'opération Morille, menée en Alaska l'été dernier en réponse aux feux de forêt survenus en 2004 dans cet état. Chercheure au USDA Forest Service et à l'University of Alaska Fairbanks, elle avait alerté les cueilleurs sur le boum fongique anticipé. Grâce à cette mobilisation, au moins 60 tonnes métriques de morilles ont été récoltées en 55 jours de cueillette. "L'opération qu'elle a menée en Alaska pourrait nous servir de modèle", estime J.-André Fortin.

Cette conférence sera suivie par des ateliers et des discussions sur la récolte des morilles et sur la production exceptionnelle de champignons qui risque de survenir dans le Nord québécois au cours des deux prochaines années. L'événement sera aussi marqué par l'assemblée de fondation de l'Association pour la commercialisation des champignons forestiers (ACCHF), à laquelle est étroitement associé le professeur Fortin.

"Mettre en valeur les morilles constitue un défi énorme, constate-t-il. Comme il n'existe aucune expertise au Québec dans ce domaine, on ne sait trop comment s'y prendre et par quel bout commencer. C'est la raison pour laquelle nous organisons cette journée." L'activité du 2 février est présentée sous l'égide du Centre de recherche en biologie forestière et l'inscription aura lieu sur place.