Au fil des événements
 

26 janvier 2006

   

Université Laval

Paysage lunaire et thé salé

Étudiantes en enseignement du français langue seconde, Marianne Dubé et Nancy Fall ont craqué pour la Mongolie

par Renée Larochelle

Il était une fois deux filles qui rêvaient d'aller en Mongolie. Non pas pour y rouler en jeep à travers les steppes immenses mais plutôt pour y réaliser un projet de coopération entre deux écoles, l'une située à Québec et l'autre dans le petit village de Bayantsogt. Quatre mois après être revenues de leur périple, Nancy Fall et Marianne Dubé, étudiantes en enseignement du français langue seconde au Département de langues, linguistique et traduction, ont encore en mémoire l'image de ces écoliers aux yeux bridés qui évitaient de croiser leur regard, respectant ainsi les usages. Qui plus est, la Mongolie, vaste pays enclavé entre la Russie et la Chine, ne reçoit pas beaucoup de visiteurs et encore moins de visiteurs de la trempe de Nancy Fall et Marianne Dubé, qui viennent à pas feutrés marcher dans un espace dépaysant à souhaits, sans vouloir imposer quoi que ce soit à qui que ce soit.

"Nous ne voulions pas débarquer en Mongolie comme des Occidentales qui arrivent avec un sac à dos bourré de connaissances et de cadeaux, raconte Marianne Dubé. Le but du projet était de favoriser le dialogue entre deux cultures et que chacun apprenne l'un de l'autre par le biais d'un livre écrit par les élèves." Cette belle aventure a commencé en septembre 2004, alors que les deux étudiantes font la connaissance, au Québec, d'une jeune Mongole ayant épousé un Québécois. Cette rencontre leur permettra d'entrer en contact avec une résidente du village de Bayantsogt et par la suite, de jumeler une classe de 3e année du primaire de l'école Saint-Jean-Baptiste de Québec à celle de l'école de Bayantsogt. Dans le cadre du projet, les élèves québécois devaient dresser en quelque sorte un portrait de la société québécoise en écrivant sur différents thèmes comme les sports d'hiver, le Carnaval, les métiers et professions, etc. "Nous insistions auprès des enfants sur le fait que les destinataires du livre ne savaient rien de leur pays, dit Marianne Dubé. Tout le monde a embarqué avec enthousiasme dans le projet. Une fois le livre révisé et traduit en mongol, nous sommes parties pour la Chine, en avril 2005." De Pékin, elles ont pris le Transsibérien, un voyage de 26 heures, qui les a menées jusqu'à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie. Fait à noter, les jeunes femmes ont financé elles-mêmes leur projet. Elles avaient d'ailleurs participé chacune de leur côté à d'autres projets de coopération au Sénégal, au Bénin, au Maroc et au Mexique.

Chants et chevaux
À Bayantsogt, une classe composée de 18 garçons et quatre filles attendait impatiemment ces Québécoises venues du bout du monde. Le contact s'est bien établi, dès le départ. Forte de leur trentaine d'heures de cours de mongol suivis au Québec, les deux jeunes femmes se sont bien débrouillées pour communiquer avec leurs hôtes. Mais tout restait à apprendre. "Leur système scolaire ressemble beaucoup à notre réforme de l'éducation, dit Marianne Dubé. Par exemple, les élèves fonctionnent par projet. Mais la similitude entre les deux systèmes s'arrête là, en ce sens que les élèves qui obtiennent de moins bons résultats subissent un discours dévalorisant devant toute la classe. Les professeurs exigent également qu'ils aillent s'asseoir au fond de la classe." Pour le reste, les élèves suivent des cours de mathématiques, de mongol, d'histoire, de géographie et d'arts plastiques. Une large place à l'horaire est accordée au chant. Les locaux et le matériel scolaire, eux, sont plutôt modestes, pour ne pas dire vétustes. La classe a lieu l'avant-midi seulement, les élèves allant aider leurs parents à garder les troupeaux de bêtes en après-midi. Les animaux occupent une place importante, en Mongolie. "On y trouve davantage de chevaux que d'humains, révèle Nancy Fall. D'ailleurs, les gens ne s'accostent pas en se demandant de leurs nouvelles mais s'informent plutôt de l'état d'engraissement du troupeau de leur interlocuteur."

Vivant dans une yourte avec, au beau milieu, une "truie" pour se chauffer, ces enseignantes en herbe ont mangé du mouton, encore du mouton et toujours du mouton, la viande du pays, le tout arrosé de thé salé au lait. Tous les jours, elles faisaient l'aller-retour de leur yourte à l'école du village, une marche de quatre kilomètres effectuée dans un paysage lunaire ne comportant aucune route et exempt d'indication. "Au début, en bonnes Nord-Américaines, nous voulions rentabiliser notre temps mais au bout d'un certain temps, nous avons laissé le temps s'écouler", souligne Marianne Dubé. Au retour, ramenant précieusement le livre qu'ont réalisé les élèves de la classe de 3e année de l'école de Bayantsogt, elles ont fait goûter de ce fameux thé salé au lait aux élèves de l'école Saint-Jean-Baptiste.

De leur expérience au pays de Gengis Khan, Marianne Dubé et Nancy Fall gardent non seulement un souvenir impérissable mais aussi une volonté d'aller jusqu'au bout de leurs aspirations les plus profondes. Si l'enseignement en milieu défavorisé les attire fortement, elles souhaitent aussi mettre sur pied d'autres projets de l'ordre de celui qu'elles ont initié en Mongolie. "Les échanges pédagogiques entre pays sont essentiels, dit Marianne Dubé. Mais le plus important est de constater qu'il est possible de réaliser un projet de coopération indépendant, qui respecte nos valeurs." Pour plus d'informations sur le projet, vous pouvez écrire à quebecmongolie@hotmail.com