Au fil des événements
 

26 janvier 2006

   

Université Laval

Doisneau sous zéro

La ville de Québec et ses habitants vus à travers la lentille de deux étudiants français

par Pascale Guéricolas

Comme la plupart des touristes du monde, Eve Vanelslande et Edouard Nasri aiment capturer en images leurs voyages. Cependant, à la différence de bien d'autres, ces deux étudiants français, venus à l'Université Laval en décembre dernier dans le cadre des échanges avec la CRÉPUQ, soignent leurs prises de vue et fuient comme la peste les clichés stéréotypés. Rien d'étonnant dans ces conditions qu'ils profitent de leur séjour en terre québécoise pour affiner leur approche et scruter Québec d'une façon presque ethnographique.

L'exposition d'une douzaine de photographies en noir et blanc que le couple présente jusqu'au 28 février au Café Chez Temporel, au 25, rue Couillard, dans le Vieux-Québec, témoigne donc en partie de leur vision de la ville. Originaires tous deux du Nord de la France, ces deux étudiants découvrent avec bonheur l'hiver Québécois depuis quelques semaines. "J'aime beaucoup cette photo d'une branche gelée que j'ai prise à la Chute Montmorency le 31 décembre", raconte Eve Vanelslande, étudiante à la maîtrise en gestion internationale à la Faculté des sciences de l'administration. "J'adore photographier le gel, la lumière sur la neige, les stalactites qui pendent des toits des maisons." Pour les photographes, l'hiver s'incarne aussi dans la fumée de cette usine qu'un curieux jeu de perspective semble faire sortir d'un des canons de la rue des Remparts.

Fréquemment, le couple prend l'autobus pour partir à la découverte d'un quartier de Québec et surtout de ses habitants. Initialement, d'ailleurs, ils souhaitaient exposer des portraits de Québécois. Cependant, en découvrant que la loi interdit de montrer des personnes sans leur autorisation préalable, ils ont dû modifier leur choix de photos. Restent quand même dans l'exposition ce supporter soufflant avec enthousiasme dans sa trompette lors d'un match du Rouge et Or ou cette mamie, foulard sur la tête et espadrilles aux pieds, manifestement indécise devant un rayon de produits ménagers. Des personnages en noir et blanc, comme pouvaient l'être ceux que le photographe Robert Doisneau capturait dans le Paris de l'après-guerre. "Nous utilisons un appareil photo numérique réglé sur le noir et blanc, explique Ève Vanelslande. On apprécie cette atmosphère, les contrastes, les expressions qui semblent plus significatives." Dans le futur, les deux étudiants aimeraient saisir davantage de scènes sur le vif, au hasard de leurs rencontres. Ils se promènent donc désormais avec un carnet pour faire signer les autorisations nécessaires.

Edouard Nasri, étudiant à la maîtrise en philosophie, s'intéresse aussi au décor urbain. Il aime arpenter au hasard les quartiers et croquer des éléments d'architecture bien modernes comme la structure en verre d'un magasin de banlieue. Une image du Québec que les touristes ne valorisent pas toujours. "C'est bien beau les caribous et les grands espaces, mais nous avons plutôt envie de casser les stéréotypes sur le Québec, de montrer la vie telle que nous l'aurons vécue ici comme étudiants pendant un an", confie Eve Vanelslande. Le couple a d'ailleurs déjà prévu de monter une autre exposition en France à son retour en juin prochain, au Centre culturel de l'Université Lille 1. L'exposition aura pour titre: "Québec: aller et retours. Regards croisés sur la Belle Province".