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5 janvier 2006

   

Université Laval

Une protéine associée aux douleurs chroniques

Des chercheurs de la Faculté de médecine envisagent la création de tests diagnostiques et d'une nouvelle classe d'analgésiques

par Jean Hamann

Des chercheurs de la Faculté de médecine ont identifié une protéine - le BDNF - qui joue un rôle central dans la cascade de réactions qui conduit aux douleurs chroniques. Leur découverte, publiée dans l'édition du 15 décembre de la revue Nature, ouvre la voie à la production d'une nouvelle classe de médicaments qui, en bloquant l'action de cette protéine, permettrait de soulager les millions de personnes qui sont victimes de ces accablantes douleurs.

Le responsable de l'étude, Yves De Koninck, explique que les douleurs chroniques sont causées par des lésions du système nerveux, le plus souvent un nerf, qui surviennent à la suite d'une blessure ou d'une maladie comme le diabète, le zona ou un cancer. Elles sont associées à une proportion significative de maux de dos et on leur attribue même les énigmatiques douleurs que les amputés ressentent dans leur membre fantôme. Dans les cas extrêmes, les patients peuvent à peine supporter qu'on les effleure. Les souffrances qu'elles engendrent démoralisent les patients et leurs médecins parce qu'elles sont très difficiles à traiter. De plus, les médicaments prescrits pour les douleurs chroniques - des opiacés comme la morphine - entraînent souvent d'importants effets secondaires.

L'étude publiée dans Nature par Jeffrey Coull, Dominic Boudreau, Dominick Boivin, Claude Gravel et Yves De Koninck, du Centre de recherche Université Laval-Robert Giffard, et par des chercheurs torontois et japonais, démontre que l'injection de la protéine BDNF dans la colonne vertébrale entraîne une hypersensibilité chez les souris. À l'inverse, le blocage de l'expression du BDNF prévient l'hyperexcitabilité des neurones.

Le BDNF (Brain Derived Neurotrophic Factor) est produit par les neurones, mais également par les microglies - les cellules de défense du cerveau et de la moelle épinière. "La communication entre les neurones et les microglies semble passer par le BDNF", constate Yves De Koninck. Dans des conditions normales, cette protéine joue un rôle positif dans le système nerveux. Elle intervient dans le développement des neurones ainsi que dans l'établissement de connexions entre ceux-ci.

Les douleurs chroniques seraient provoquées par un dérèglement de la communication chimique entre les microglies et les neurones, et cette communication passe par le BDNF, avance le professeur De Koninck. "Ceci nous offre une cible thérapeutique intéressante. Nous devons cependant trouver une façon de bloquer spécifiquement le BDNF produit par les microglies sans interférer avec les effets positifs du BDNF sur les neurones." Pour administrer ce produit bloquant, Yves De Koninck et son équipe envisagent deux approches: une infiltration locale dans la moelle épinière à l'aide d'une seringue ou encore le recours à des virus désactivés et programmés génétiquement pour atteindre les microglies.

Cette découverte ouvre également la voie à la mise au point d'outils diagnostiques permettant d'établir objectivement que la douleur chronique n'est pas le fruit de l'imagination des patients, mais qu'elle résulte bien d'un dérèglement physiologique, ajoutent les chercheurs.