Au fil des événements
 

8 décembre 2005

   

Université Laval

Non à l'exclusion

Le pédiatre Gilles Julien travaille à modifier la trajectoire des enfants en difficulté

par Renée Larochelle

Des enfant traités au Ritalin pour hyperactivité alors qu'ils bougent simplement un peu trop, des jeunes qu'on exclut de l'école parce qu'ils ont des troubles de comportement et qui sombrent dans la délinquance à 10 ans, le pédiatre social Gilles Julien en voit tous les jours. Et c'est parce qu'il se refuse à accepter cette réalité de l'exclusion que ce médecin se bat depuis des années, notamment en fondant l'organisme Assistance d'enfants en difficulté (AED) dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal.

"Comme médecin, vous bénéficiez d'un grand pouvoir dans la société", a lancé Gilles Julien aux étudiantes et aux étudiants en médecine, lors d'une conférence organisée par le Comité des Relations Internationales et d'actions communautaires (CRIAC) de la Faculté de médecine, le 2 décembre, au pavillon Ferdinand-Vandry. "En effet, contrairement à d'autres professions, les médecins jouissent d'une immense crédibilité auprès des parents et des professeurs. N'hésitez surtout pas à vous en servir pour faire bouger les choses et assurer le bien-être des enfants."

Soigner de façon différente
Il faut dire que ce diplômé de l'Université Laval sait de quoi il parle. Après avoir terminé ses études de médecine, le docteur Julien a fait "du bureau et de l'hôpital", selon ses propres dires, avant de se rendre compte au bout de cinq ans que ce travail routinier ne le satisfaisait pas. Pour fuir l'ennui qui le ronge, il va offrir ses services ailleurs, en Afrique et dans le Grand Nord québécois. Revenu au Québec, il travaille dans une vingtaine de CLSC. "J'étais perçu comme quelqu'un de profondément instable. Avec le recul, je vois que je cherchais seulement à arrimer ma pratique à mes aspirations", de souligner le pédiatre, qui invite du même coup les futurs médecins à emprunter ce filon. "Trouvez-vous une mission sociale et accomplissez-la. Moi, j'ai toujours su que je voulais être médecin pour soigner des enfants, mais de façon différente."

Au fil de ses promenades à vélo dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, l'un des quartiers les plus défavorisés de Montréal, le pédiatre prend contact avec des familles qui étouffent sous le poids d'un lourd quotidien: pauvreté, délinquance et décrochage scolaire. En 2000, il fonde Assistance d'enfants en difficulté, un organisme qui a pour mission de dépister les enfants vulnérables ou en difficulté afin d'améliorer leurs conditions de vie, de prévenir les abus, la négligence ou l'exclusion dont ils pourraient être victimes. Après des débuts laborieux, l'AED compte aujourd'hui une douzaine d'employés et une centaine de bénévoles. Gilles Julien, lui, partage son temps entre le CLSC Hochelaga-Maisonneuve et celui de Côte-des-Neiges.

L'évaluation intuitive
"Au lieu de faire attendre un enfant qui présente des troubles de comportement ou d'adaptation et risquer que le problème s'envenime avec les mois ou les années, nous essayons de mettre rapidement le doigt sur ce qui ne va pas chez l'enfant pour élaborer ensuite un plan d'intervention, raconte Gilles Julien. C'est ce qu'on appelle de l'évaluation intuitive. Et ça marche." Mais son travail ne se limite pas au traitement mais touche d'abord la prévention. En témoignent les différents projets qu'il a mis sur pied au cours des derniers mois et qui visent à dépister le plus tôt possible les enfants en difficulté. Par exemple, en janvier dernier, l'équipe du docteur Julien a réuni toutes les familles des bambins s'apprêtant à fréquenter la pré-maternelle dans des écoles du quartier Côte-des- Neiges afin d'évaluer leur degré de psychomotricité. Les enfants qui n'ont pas passé le test ont été rappelés et aidés, de concert avec leurs parents dont un grand nombre sont immigrés et donc très mal préparés à ce qui attend leurs enfants à l'école.

"Quand on voit le potentiel de certains enfants et qu'on sait qu'ils vont être tirés vers le bas à cause du manque d'attention et de ressources, on doit se mobiliser pour modifier leur trajectoire de vie et tout faire pour les tirer vers le haut, indique Gilles Julien. Dans cette optique, on a besoin de relève et de médecins sociaux qui vont donner un coup de main non seulement aux enfants mais aussi aux familles. Il n' y a aucune raison que des enfants ou des familles vivent des exclusions au Québec, martèle le docteur Julien. Il faut cesser d'accoler des étiquettes aux enfants: enfant riche, enfant pauvre, enfant méchant, ou enfant à risque. Avant tout, il faut donner aux enfants l'aide à laquelle ils ont droit, et ce, sans porter de jugement."