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8 décembre 2005

   

Université Laval

Les 18-24 ans délaissent les médias traditionnels

par Pascale Guéricolas

Certains les croyaient apathiques, indifférents au monde qui les entoure. Erreur. Une bonne partie des 18-24 ans mordent à pleines dents dans l'actualité. Ils ont tellement d'appétit, d'ailleurs, que le menu concocté par les médias traditionnels, les stations de télévision, les journaux à grand tirage, les laisse sur leur faim. Trop de faits-divers, soulignent ces boulimiques des nouvelles à saveur sociale, pas assez d'informations internationales et environnementales.

Une vue partielle des rapports que les jeunes Canadiens et Canadiennes entretiennent avec l'information? Bien sûr. La recherche que le Centre d'étude sur les médias de l'Université Laval et le Consortium canadien de recherche sur les médias ont confié à l'INRS-Culture et Société ne prétend pas être exhaustive. D'autant plus que les jeunes de cette tranche d'âge ne constituent pas un groupe monolithique. Cependant, cette étude a le mérite de battre en brèche quelques préjugés qui courent dans un monde de l'information qui depuis quelques années assiste impuissant à l'érosion constante de son jeune auditoire. "Il faut absolument que les médias se réajustent pour attirer les 18-24 ans, et pas seulement en utilisant des mises en pages attrayantes et colorées, remarque Florian Sauvageau, professeur au Département d'information et de communication. Au contraire, le fait d'avoir recours à de tels moyens en rebute plusieurs qui ont l'impression qu'on leur présente l'information en bande dessinée."

Une saine méfiance
Pour mener à bien leur enquête, les chercheurs de l'INRS Urbanisation, Culture et Société ont interrogé 70 Canadiens et Canadiennes de 18 à 24 ans, tant francophones qu'anglophones, à Vancouver, Toronto et Montréal. D'un bout à l'autre du pays, la méfiance envers les médias semble assez généralisée. "Selon ces jeunes, l'information n'est pas assez objective, elle n'offre pas toutes les diversités d'opinion, précise l'agente de recherche à l'INRS Claire Boilly. Parmi ceux qui sont le plus scolarisés et intéressés, beaucoup considèrent que les médias orientent leur contenu pour avoir un effet persuasif." Plusieurs soulignent ainsi le parti pris des médias envers l'allégeance souverainiste ou fédéraliste, mais surtout le rôle joué par la concentration de la presse écrite et télévisuelle dans le choix du contenu informatif.

Pour les chercheurs, cette méfiance des jeunes envers le monde de l'information rappelle celle qu'ils entretiennent envers les lieux de pouvoir et les institutions politiques. Nombreux sont les jeunes lecteurs qui se tournent alors vers des sources informatives alternatives, qu'il s'agisse de journaux ou de sites Internet pour compléter leurs connaissances. Ou encore qui lisent des livres spécialisés sur les questions qui les intéressent. Une grande partie de leur information passe aussi par la socialisation, a constaté Madeleine Gauthier, professeure à l'INRS Urbanisation Culture et Société. "L'information circule beaucoup à travers les relations interpersonnelles. Il y a même une sorte de pression sociale à se tenir au courant au sein du groupe, un phénomène qui n'avait jamais été vraiment mis en lumière jusque-là."