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8 décembre 2005

   

Université Laval

Nouvelle arme contre la fièvre noire

Des travaux effectués au Centre de recherche en infectiologie apportent une lueur d'espoir aux 350 millions de personnes à risque sur la planète

par Jean Hamann

Des chercheurs de la Faculté de médecine viennent de mettre au point ce qui pourrait devenir le premier vaccin efficace et sécuritaire contre la fièvre noire. Les souris qui reçoivent ce vaccin parviennent à freiner la prolifération du protozoaire responsable de cette maladie, rapportent Marie Breton, Michel J. Tremblay, Marc Ouellette et Barbara Papadopoulou du Centre de recherche en infectiologie, dans une récente édition de la revue scientifique Infection and Immunity.

Peu connue en Amérique du Nord, la fièvre noire - aussi connue sous le nom de kala-azar - est causée par des parasites appartenant au genre Leishmania. Ces protozoaires font d'importants ravages sur les autres continents où ils sont transmis par la piqûre de la mouche des sables. Ils se trouvent surtout dans le bassin de la Méditerranée, au Moyen-Orient, en Afrique de l'Est, en Amérique du Sud et en Inde, où on estime que 350 millions de personnes vivent dans des zones à risque d'infection.

Il existe environ 17 espèces du genre Leishmania réparties dans 88 pays sur les cinq continents, mais Leishmania donovani est l'espèce qui cause le plus de problèmes aux populations humaines. Il y a trois ans, Barbara Papadopoulou et ses collègues avaient réussi à créer, par manipulations génétiques, une souche amoindrie de ce parasite qui, lorsque employée comme vaccin, permettait au système immunitaire de réagir face à l'envahisseur. Le hic avec pareille approche est que les organismes de santé publique ont beaucoup de réticence à approuver l'utilisation de vaccins fabriqués à partir d'une souche vivante et potentiellement pathogène, par crainte qu'une mutation ne lui rende sa virulence.

C'est ce qui a donné l'idée à la professeure Papadopoulou de mettre au point un vaccin vivant à partir de Leishmania tarentolae, une espèce parente de L. donovani, présente chez les lézards et inoffensive pour les humains. "Nous avons découvert que ce protozoaire suit la même route d'infection que L. donovani dans le corps, précise-t-elle. Il réplique fidèlement le processus d'infection et provoque la réaction immunitaire attendue sans être pathogène." Six semaines après la vaccination, les chercheurs ont injecté le parasite pathogène dans le corps des souris. Un mois plus tard, l'abondance du parasite infectieux dans le foie et la rate était six fois plus faible chez les souris vaccinées que chez les souris du groupe témoin. "La protection aurait probablement été encore plus grande si nous avions fait un rappel du vaccin", commente la chercheuse.

La publication de cette découverte suscite de grands espoirs dans la lutte contre la fièvre noire. D'ailleurs, à l'invitation d'une compagnie pharmaceutique indienne, Barbara Papadopoulou s'est envolée vers New Delhi cette semaine pour présenter ses derniers travaux. Dans la plupart des pays en voie de développement, on soigne encore les leishmanioses comme dans les années 1930, par injections quotidiennes d'antimoine, un élément chimique aux propriétés voisines de l'arsenic. Le traitement dure un mois et coûte plus de 200 $, ce qui le met hors de portée de la majorité des malades. En plus, des souches de L. donovani résistantes à l'antimoine se répandent rapidement. C'est pour cette raison que Barbara Papadopoulou et ses collègues croient que la solution réside davantage dans la mise au point d'un vaccin destiné aux populations à risques. Chaque année, l'Organisation mondiale de la santé signale entre 1,5 et 2 millions de nouveaux cas de leishmaniose et près de 80 000 décès. Douze millions de personnes seraient présentement atteintes de cette maladie.