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24 novembre 2005

   

Université Laval

Le poids relatif de la famille

Comme l'environnement pèse plus lourd que la génétique dans certains comportements alimentaires, il vaudrait mieux préconiser des interventions nutritionnelles familiales

par Jean Hamann

Vous mangez comme un ogre en réponse aux stress ou aux émotions? Votre estomac crie famine à toutes heures du jour et de la nuit? Selon une étude que vient de publier une équipe de chercheurs de l'Université Laval dans la revue scientifique Obesity Research, vous pouvez blâmer vos gènes pour pareils comportements alimentaires. Allez-y doucement toutefois parce que leur contribution est mince, le gros du morceau étant attribuable à l'environnement.

Véronique Provencher et Simone Lemieux (Sciences des aliments et de nutrition) Louis Pérusse, Luigi Bouchard, Vicky Drapeau, Angelo Tremblay et Jean-Pierre Després (Faculté de médecine), et leurs collègues Claude Bouchard, Treva Rice et D.C. Rao ont invité 282 hommes et 404 femmes provenant de 202 familles québécoises à remplir un questionnaire portant sur leurs comportements alimentaires afin d'en départager les composantes génétique et environnementale. Les trois comportements étudiés étaient la restriction cognitive (l'impression de se priver dans le but de contrôler son poids), la désinhibition alimentaire (surconsommer des aliments en réponse aux stress, aux émotions ou aux stimuli sociaux) et la susceptibilité à la faim (impression d'être souvent affamé). Grâce à des modèles de génétique de population, les chercheurs ont établi que "l'héritabilité généralisée" de ces trois comportements - la part de la variation attribuable aux gènes et à l'environnement familial commun - était respectivement de 6 %, 18 % et 28 %. "Les gènes semblent avoir une contribution significative dans ces comportements, mais la part de l'environnement est nettement plus élevée", constate Simone Lemieux.

Outre l'intérêt académique d'accoler un chiffre sur la part des gènes et l'oeuvre de l'environnement dans les comportements alimentaires, cette recherche porte à penser que les interventions nutritionnelles axées sur l'individu seul font peut-être fausse route. "Considérant le rôle important de la famille dans le développement et le maintien des comportements alimentaires, il serait plus profitable de préconiser des interventions qui s'adressent à toute la famille, estime la chercheure. Par exemple, travailler avec les familles à établir de bonnes habitudes alimentaires donnerait sans doute de meilleurs résultats que d'envoyer les enfants dans des camps pour perdre du poids."

Simone Lemieux questionne également certaines habitudes familiales qui confèrent une charge émotive importante à la nourriture. "Les enfants sont souvent récompensés pour leurs bons coups avec de la nourriture. À l'inverse, on les punit en les privant de dessert. Sans éliminer le plaisir associé aux aliments, il faudrait trouver des façons de récompenser les enfants avec autre chose que de la bouffe, par exemple en faisant certaines activités avec eux comme leur lire un bon livre d'histoires."