Au fil des événements
 

24 novembre 2005

   

Université Laval

Carrés noirs et trilles blancs

Les oeuvres lumineuses de Lauréat Marois à la Galerie des arts visuels

par Renée Larochelle

Dans la série "Les carrés noirs", qui fait partie de l'exposition Séquences de Lauréat Marois présentée à la Galerie des arts visuels jusqu'au 4 décembre, clignotent des étoiles, s'allument des paysages et s'allongent des nervures. Pour pénétrer dans ce qui apparaît d'abord comme une sombre forêt, il faut cependant s'approcher très près de chacun des six tableaux de la série et se laisser emmener sans trop faire d'histoires dans l'univers inspirant de cet artiste de renom. "Je veux être porteur d'espoir, faire du bien et m'inscrire dans la durée et dans la beauté, dit-il simplement. Nous avons tous une quête à poursuivre et je poursuis la mienne." En écoutant parler cet homme à la voix douce et enveloppante, on se surprend à envier les étudiants qui suivent ses cours de peinture à la formation continue, où il enseigne depuis 1997. "On est toujours seul dans la création, affirme Lauréat Marois. J'aime enseigner car cela me permet de partager mes connaissances et de voir où j'en suis également."

Aussi discret que secret, toujours humble devant des oeuvres reflétant une période de sa vie où ses réflexions existentielles et des éléments empruntés à la nature se sont fondus en un seul paysage intérieur, Lauréat Marois n'explique pas, se contentant de souligner au passage quelques détails éclairant son travail. Pour "Les carrés noirs", faits à la gouache et au crayon sur papier carbone, il a assemblé les vestiges de dessin récupérés sur près de huit années de travail. Juste à côté, la suite chromatique intitulée "Les Dermographies" nous en fait voir de toutes les couleurs, jetant la lumière sur un événement qui a modifié le cours de l'existence du peintre. Au cours des cinq dernières années, Lauréat Marois a en effet souffert d'une grave maladie cutanée dont il s'est heureusement remis mais qui a laissé des stigmates, et dont témoignent les sept tableaux de cette suite. Évoquant la peau momifiée, des plis pincent la toile tandis que des squames rappellent la sécheresse du corps. Étonnant.

La beauté du monde
Dans un registre moins sombre, la série ayant pour titre "Trille blanc", du nom d'une petite fleur printanière dont le motif exerce un attrait particulier chez Lauréat Marois, plonge le visiteur dans une certaine légèreté. La plante y est déclinée dans des couleurs riches et puissantes, comme si l'artiste avait voulu mettre sur un piédestal cette fleur des champs ressemblant à une étoile. Trouvant dans la nature sa principale source d'inspiration, l'homme ne se lasse pas des arbres, des feuilles et des fleurs, qu'il expose sous toutes les coutures. À travers la traversée des paysages, son univers s'agrandit et se concentre sur les choses essentielles. Ni figurative ni abstraite, son oeuvre s'articule autour de la volonté d'accéder à la vérité et à la beauté du monde.

"Mon travail parle de mon travail", répond-il gentiment quand on lui demande de commenter ses oeuvres. Artiste accompli, récipiendaire de plusieurs prix et distinctions, Lauréat Marois porte un regard sensible sur un univers qu'il s'obstine à redécouvrir sous un jour nouveau, et ce sans se limiter à une technique ou à une école. À la sortie de l'exposition, deux impressions au jet d'encre sur toile de grand format, "Forêt no.1" et "Forêt no.2", expriment enfin ce que les mots ne disent pas: dans la force de l'âge, des arbres s'élancent vers le ciel, enracinés dans la solitude de leur condition terrestre.

L'exposition est présentée à l'édifice La Fabrique (255, boulevard Charest Est). Les heures d'ouverture sont du mercredi au vendredi, de 11 h 30 à 16 h 30, et les samedis et dimanches, de 13 h à 17 h.