Au fil des événements
 

24 novembre 2005

   

Université Laval

Couples en péril

Les défis de la vie familiale vus par des étudiants québécois et étrangers

par Renée Larochelle

"Au Québec, on s'identifie à ce qu'on n'est pas et on ne s'identifie pas à ce qu'on est; c'est ça le problème." Cette phrase, lancée par une étudiante québécoise en anthropologie lors de la deuxième rencontre du Carrefour Interculturel des étudiants de Laval (CIEL) qui a eu lieu le 18 novembre au pavillon Alphonse-Desjardins, se voulait un cri du coeur face au mal de vivre qui règnerait selon certains dans la société québécoise. D'où provient le malaise ambiant au Québec? Pourquoi le suicide chez les jeunes hommes bat-il des records chez nous? Où est passée la famille que chante Claude Léveillée dans Frédéric? Mais d'abord, qu'est-ce qu'une famille en 2005, à l'ère des familles recomposées et des unions entre conjoints du même sexe?

Telles sont les questions - restées sans réponse - dont ont discuté la vingtaine d'étudiants qui participaient à cette rencontre organisée par le Bureau d'accueil des étudiantes et des étudiants étrangers. "Chez nous, les enfants sont considérés comme une richesse et leur éducation comme un investissement, dit un étudiant du Bénin. Les parents qui ont les moyens d'envoyer leurs enfants étudier à l'étranger le font en sachant qu'ils vont être payés en retour." Quasi inexistant au Bénin, sauf dans les milieux dits intellectuels, le divorce y est très mal perçu. Si un couple éprouve des difficultés, les deux familles mettront tout en uvre afin d'empêcher le couple de se séparer. "La pression sociale est très forte pour inciter le couple à avoir des enfants rapidement", ajoute l'étudiant.

Le choc des cultures
"Quand j'ai quitté mon pays il y a maintenant cinq ans, je considérais que les homosexuels étaient des personnes malades, raconte cet étudiant du Rwanda. Depuis que je suis au Québec, ma vision des choses a changé." "Personne, dans mon pays, n'ose trop se prononcer sur l'homosexualité, constate un autre étudiant africain. J'ai du mal à croire que cela sera accepté dans 20 ou 30 ans." De son côté, une étudiante québécoise se demande bien comment une femme peut accepter la polygamie au sein de son "couple". Autre pays, autre murs.

Pour cette étudiante française, il est clair que les hommes québécois ne trouvent plus leur place dans leurs relations avec les femmes. De là à dire que le féminisme est responsable de cette situation, il n'y a qu'un pas qu'elle franchit aisément. "C'est vrai que les hommes travaillent beaucoup et n'ont plus de réseau social, renchérit une étudiante québécoise. Dans notre société matérialiste, on leur en demande beaucoup trop." À travers ces questionnements, une question surgit. Pourquoi les couples ne durent-ils pas? Pourquoi les familles ne sont-elles plus ce qu'elles étaient? À la première difficulté, on se quitte, constate un participant. Les gens ne veulent plus faire de concessions."

"J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main, chantait Georges Brassens. Ne signons pas notre non au bas d'un parchemin." Désuet tout cela? Oh que non! "Moi, je suis heureuse et je ferai tout pour que mon mariage fonctionne, dit cette étudiante qui s'est mariée à 20 ans. On ne se marie qu'une fois dans la vie et pour moi, c'est vraiment pour la vie."