Au fil des événements
 

17 novembre 2005

   

Université Laval

Beaucoup d'avenir en génie minier

L'industrie canadienne aura besoin de milliers de nouveaux diplômés universitaires d'ici dix ans

par Yvon Larose

Les dix prochaines années s'annoncent cruciales pour l'industrie canadienne des minéraux et des métaux. Ce secteur industriel parmi les plus productifs au pays, l'un des plus grands exportateurs de minéraux, de métaux et de diamants au monde, pourrait faire face à une pénurie de travailleurs qualifiés en raison de nombreux départs à la retraite et d'un recrutement difficile. "Le problème de pénurie de main-d'uvre, avec le départ à la retraite des baby boomers, est présent dans tous les secteurs d'activité, en particulier dans l'industrie minière", a expliqué Ryan Montpellier, directeur de projets au Conseil d'adaptation et de formation de l'industrie minière (CAFIM), lors d'une conférence prononcée le lundi 14 novembre au pavillon La Laurentienne. "Mais, a-t-il ajouté, pour les étudiants qui ont choisi ce domaine, les perspectives d'emploi sont fantastiques! Le taux de croissance de l'industrie minière est à peu près deux fois plus élevé que celui de l'économie canadienne. Et les indicateurs économiques prévoient que cette industrie poursuivra sa croissance pendant encore plusieurs années."

Des signes inquiétants
Dans son exposé, Ryan Montpellier a abordé les grandes lignes d'une étude publiée en août dernier par la CAFIM et intitulée Prospecter l'avenir: relever les défis des ressources humaines dans l'industrie canadienne des minéraux et des métaux. On peut y lire que si le secteur n'enregistrait aucune croissance pour les dix prochaines années, il aurait quand même besoin de plus de 36 000 nouveaux diplômés qualifiés. En cas de forte croissance, ce chiffre pourrait atteindre près de 82 000. Le problème est que l'offre de travailleurs qualifiés ne serait que de 8 910 diplômés dans le premier scénario et que de 11 160 dans le second.

L'enquête a été menée auprès d'une cinquantaine de sociétés minières et d'une vingtaine d'établissements d'enseignement offrant des programmes en exploitation minière. Elle révèle que plus de 50 % des travailleurs du domaine sont présentement âgés entre 40 et 54 ans. Or le nombre le plus élevé de travailleurs qui prendront leur retraite dans la prochaine décennie appartiennent à la catégorie des métiers spécialisés, suivis de près par les scientifiques et ingénieurs. L'étude révèle également la diminution, ces dernières années, du nombre de diplômés en génie minier. Elle met aussi en lumière le fait que le nombre d'étudiants qui pourraient s'inscrire à des programmes d'études postsecondaires en lien avec le domaine minier sera de loin inférieur à la demande prévue. "De 1998 à 2002, le nombre d'étudiants inscrits en génie a augmenté de 19 % au Canada, a indiqué Ryan Montpellier. Mais au cours de la même période, les inscriptions en génie minier et en génie géologique ont baissé respectivement de 40 et de 30 %."

Les défis qu'aura à relever l'industrie minière canadienne sur le plan de la main-d'uvre au cours des prochaines années sont nombreux. La concurrence en est un. Elle provient autant des autres secteurs industriels canadiens que de l'industrie minière étrangère. Sur le plan salarial, l'industrie pétrolière et gazière canadienne offrait 1 479 $ comme salaire hebdomadaire moyen en 2003. L'industrie de l'extraction minière offrait 1 085 $. "L'an passé, a rappelé Ryan Montpellier, les sociétés minières brésiliennes ont fait venir à leurs frais l'ensemble des diplômés de génie minier de l'Université de Colombie-Britannique pour une tournée de leurs sites d'exploitation au Brésil. Les étudiants canadiens en génie minier sont reconnus comme étant parmi les mieux formés dans leur domaine au monde." Un autre défi est celui de la perception. Bien des gens ignorent que l'industrie minière a considérablement évolué au cours des ans. Elle présente aujourd'hui un visage de plus en plus technologique grâce, entre autres, à l'introduction de la télé-extraction et de la robotique. La technologie permet aussi de réduire les risques pour la santé, d'améliorer la productivité et de renforcer la protection environnementale. "L'industrie a un grand défi devant elle, a conclu Ryan Montpellier. Elle devra attirer non seulement des jeunes, mais aussi plus de femmes, d'autochtones et de membres de minorités visibles."

À Laval
Depuis 2003, l'industrie minière offre une série de bourses d'entrée d'un montant de 3 000 $ aux étudiants nouvellement inscrits en génie minier à l'Université Laval. C'est dire à quel point cette industrie a un urgent besoin de diplômés. En revanche, l'offre de diplômés en provenance de Laval a diminué, passant d'une dizaine en 2003 à une demi-douzaine cette année. Pourtant, le programme de baccalauréat en génie des mines et de la minéralurgie conduit à un secteur d'activité où règne le plein emploi, et même plus, où l'on engage rapidement les diplômés et où les conditions salariales (entre 50 000 et 55 000 $ par an pour le bachelier qui entreprend sa carrière) font l'envie de bien des corps d'emploi.

Le génie minier attirera des personnes dynamiques et capables de leadership, intéressées à la fois par la technologie de pointe et les affaires financières, et ouvertes à la mobilité internationale. À Laval, ils sont en plus formés en fonction d'un haut niveau de polyvalence. Dans ses tâches quotidiennes, l'ingénieur des mines planifie et organise les travaux nécessaires à l'extraction du minerai de la roche. La formation reçue permet de travailler, entre autres, dans des mines souterraines, en génie-conseil en géotechnique, et dans la fabrication d'équipements miniers. Le bac en génie minier est de type coopératif. Au cours de ses quatre années d'études, l'étudiant en génie minier effectue trois stages obligatoires de quatre mois, très bien payés, en milieu industriel.