Au fil des événements
 

17 novembre 2005

   

Université Laval

De la Nouvelle-Orléans à l'Ancienne-Lorette

Une gestion cohérente du territoire permettrait de prévenir une partie des drames humains liés aux inondations

par Jean Hamann

François Anctil a une position bien arrêtée au sujet des inondations. "S'il tombait toujours la même quantité de pluie à la même heure chaque jour, les problèmes d'inondation n'existeraient pas. Mais ce n'est pas le cas et à partir du moment où on choisit de faire du développement en zone inondable, il faut accepter le risque qui vient avec ce choix. C'est normal qu'une rivière déborde." La lucidité de ce professeur du Département de génie civil ne l'empêche toutefois pas de faire montre de solidarité envers tous les inondés de ce monde. "Derrière chaque inondation, peu importe son ampleur, que ce soit à la Nouvelle-Orléans ou à l'Ancienne-Lorette, il y a des drames humains qui se jouent", reconnaît ce spécialiste de l'hydrologie, qui était l'invité des Conférences Grand public de la Faculté des sciences et de génie le 9 novembre.

Le tourbillon de cyclones, ouragans, tornades, tsunamis et tutti quanti dont nous inondent les médias porte à penser que le Déluge frappe à nos portes. "Statistiquement, on ne peut pas conclure que le nombre d'inondations est en augmentation. L'effet des changements climatiques a été mesuré sur la température, mais la variabilité des précipitations dans l'espace et dans le temps est trop grande pour qu'on puisse tirer des conclusions au sujet des inondations", souligne le professeur Anctil. Pour l'instant, on assiste davantage à un effet média qu'à une répercussion bien documentée de l'effet de serre.

Pourtant, selon les données internationales provenant des compagnies d'assurances, le nombre de grandes catastrophes liées aux inondations, qui se situait entre 20 et 40 par an dans les années 1970, a maintenant dépassé la centaine. "Ce n'est pas l'incidence de ces événements qui semble en cause, mais la vulnérabilité des populations, a expliqué le conférencier. La population mondiale est en croissance et de plus en plus de gens s'installent dans des zones à risques. On estime que 75 % des habitants de la planète vivent maintenant dans une zone touchée 1 fois tous les 20 ans par une grande catastrophe. Les événements naturels violents sont rares localement, mais fréquents globalement."


On estime que 75 % des habitants de la planète vivent maintenant dans une zone touchée 1 fois tous les 20 ans par une grande catastrophe


Que faire pour prévenir les drames humains liés aux inondations? "On ne peut pas empêcher la pluie de tomber, mais on peut réduire les risques par des moyens technologiques comme les digues, les barrages et les canaux de dérivation", répond François Anctil. Ces méthodes ont fait leurs preuves, mais elles coûtent cher et peuvent créer un faux sentiment de sécurité, prévient-il. Il se peut qu'un système inefficace soit mis en place et tienne le coup pendant des années parce qu'aucun événement exceptionnel ne se produit. À l'inverse, un bon système peut flancher un mois seulement après son inauguration parce qu'un événement qui ne survient qu'une fois tous les 100 ans s'abat sur la région.

La solution n'est pas toujours technologique, plaide humblement l'ingénieur. "La technologie peut nous prémunir contre les événements de violence moyenne, mais c'est différent pour les événements très violents. Il est parfois plus sage d'intervenir sur le facteur humain." Une première mesure en ce sens consisterait à interdire toute installation en zones inondables. "En théorie, c'est simple, mais en pratique c'est assez compliqué de déterminer les limites du lit majeur d'un cours d'eau, parce qu'on peut toujours imaginer qu'une plus grosse inondation peut survenir. C'est pour cette raison que les autorités publiques utilisent des définitions administratives, comme la récurrence des crues aux 20 ans ou aux 30 ans."

Face aux inondations, le risque zéro n'existe pas, plaide le professeur Anctil. "Il faut accepter un certain risque tout en gérant le territoire de façon cohérente. Construire un hôpital dans une zone inondée aux 20 ans, c'est de la mauvaise gestion. Les inondations sont des phénomènes naturels qui ont toujours existé et qui vont continuer d'exister. Si on persiste à construire des installations dans des zones fréquemment inondées, on se tire dans le pied."