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10 novembre 2005

   

Université Laval

Pionniers et rassembleurs

Michel G. Bergeron et Cyril Simard reçoivent des Prix du Québec

Deux membres de la communauté universitaire ont reçu, mardi, à l'Assemblée nationale, les plus hautes distinctions accordées par le gouvernement du Québec dans les domaines des sciences biomédicales et du patrimoine. L'infectiologue Michel Bergeron s'est vu remettre le prix Wilder-Penfield pour avoir fait avancer la microbiologie dans une direction révolutionnaire. Le prix Gérard-Morisset a été accordé à Cyril Simard en reconnaissance de sa carrière marquée du triple sceau de l'architecture, du design et de l'ethnologie.

Fondateur et directeur du Centre de recherche en infectiologie (CRI) de l'Université Laval, situé au CHUL du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), Michel G. Bergeron a réussi à faire avancer la microbiologie dans une direction révolutionnaire. Avec son équipe de chercheurs, il a mis au point des tests rapides de détection d'acides nucléiques. Cette percée scientifique majeure, publiée en primeur dans le prestigieux New England Journal of Medecine en 2000, permet d'identifier les microbes à partir d'un échantillon clinique en 45 minutes alors que 48 heures sont habituellement nécessaires en utilisant les méthodes traditionnelles. Ce diagnostic rapide permet de prescrire une médication plus appropriée, ce qui évite la surconsommation d'antibiotiques et la résistance des microbes à ceux-ci, problème de plus en plus répandu.

Michel G. Bergeron a suivi sa formation médicale à l'Université Laval et à l'Université McGill. Il continue ensuite ses études au New England Medical Center de l'Université Tufts à Boston ainsi qu'au Massachusetts Institute of Technology (MIT) où il a le privilège de travailler avec des microbiologistes infectiologues de renommée mondiale comme Louis Weinstein et Salvador Luria, Prix Nobel de médecine. À son retour en 1974, Michel G. Bergeron crée le laboratoire et service d'infectiologie du CHUL, qui deviendra plus tard le CRI, et concentre ses recherches sur la pharmacologie, la toxicité et l'efficacité des antibiotiques. En 1985, il prend conscience du manque d'outils diagnostiques appropriés en infectiologie et réoriente ses activités vers la conception de technologies selon une approche beaucoup plus préventive.

Le CRI est aujourd'hui l'un des plus importants centres au monde dans le domaine de l'infectiologie. Son budget annuel atteint 20 millions de dollars. Près de 250 chercheurs venant de 19 pays différents y travaillent. Parmi ses autres grandes réalisations, le CRI a produit un gel microbicide, aussi appelé le "condom invisible", qui permet aux femmes de se protéger contre les maladies transmises sexuellement (MTS) et le VIH/SIDA. Ce gel est présentement en phase expérimentale au Canada et en Afrique. Pour commercialiser ses innovations, le docteur Bergeron a fondé l'entreprise Infectio Diagnostic en 1995. Aujourd'hui, cette dernière emploie 75 personnes qui travaillent à Québec.

Tout au long de sa carrière, Michel G. Bergeron a occupé de prestigieux postes, notamment au sein de la Société canadienne des maladies infectieuses, à titre de cofondateur et président, de la Société canadienne de recherches cliniques et de l'Association canadienne des médecins microbiologistes. Il est aussi l'un des fondateurs de l'Association canadienne de recherche sur le SIDA. Grand défenseur de la recherche, Michel G. Bergeron est membre d'une vingtaine de sociétés scientifiques et auteur de près de 400 publications. En outre, il a reçu de nombreux prix et distinctions dont le titre de Fellow of the Infectious Disease Society of America, Fellow of the Canadian Academy of Health Sciences, professeur des Universités de France et médaillé de la Société internationale de chimiothérapie. Il est également lauréat du prix MEDEC, du prix Louis Pasteur et du Prix de l'uvre scientifique de l'Association des médecins de langue française du Canada.

Le père de l'économusée
Né en 1938 à Baie-Saint-Paul, Cyril Simard apprend d'abord à faire du commerce avec son père. Puis avec son grand-père paternel, il apprivoise le bois. Titulaire d'un baccalauréat en architecture (1965) et d'une maîtrise en aménagement, section architecture (1970), de l'Université de Montréal, c'est à l'Université Laval, en 1986, qu'il obtient un doctorat en arts et traditions populaires (ethnologie). Sa thèse a pour titre: L'économuséologie: essai d'ethnologie appliquée. Cyril Simard a imaginé le mot "économusée" pour désigner la "petite entreprise artisanale, ouverte au public, qui vend ses produits en les expliquant". La Papeterie Saint-Gilles de Saint-Joseph-de-la-Rive devient officiellement, deux ans plus tard, le premier économusée du Québec.

Au cours des années 1980, Cyril Simard est le concepteur de la rénovation et de l'agrandissement du Musée national des beaux-arts du Québec. C'est dans ce contexte qu'il trouve le moyen de conserver la vieille prison du Québec en la reliant aux bâtiments existants. De 1988 à 1996, celui qui a été auparavant à la tête du comité ministériel pour l'intégration des arts à l'architecture et de celui de l'implantation de l'École des métiers d'art du Québec préside aux destinées de la Commission des biens culturels du Québec. En outre, il est l'instigateur de la tenue à Québec, en 1992, du prestigieux congrès du Conseil international des musées. C'est cette année-là qu'il fonde la Société internationale du réseau ÉCONOMUSÉE, dont il continue aujourd'hui d'assumer la présidence et la direction générale. Les diverses réalisations de Cyril Simard lui valent également une reconnaissance internationale, d'où ses nominations, en 2001, comme titulaire de la Chaire Unesco en patrimoine culturel de l'Université Laval et comme conseiller spécial en matière de métiers et savoir-faire auprès de ce même organisme.

Parmi toutes les réalisations de sa carrière, marquée du triple sceau de l'architecture, du design et de l'ethnologie, la mise sur pied du Festival folklorique de Baie-Saint-Paul a valu à Cyril Simard, en 1996, le Prix Hommage à un bâtisseur de Charlevoix décerné par les Charlevoisiens. Cyril Simard a reçu de nombreuses autres distinctions, dont le Prix national de l'innovation touristique en 1989, la Médaille du Lieutenant-gouverneur en patrimoine (Héritage Canada) en 1994, l'Hommage ICOMOS-Canada et la Médaille de l'Assemblée nationale du Québec en 1996 et le Prix Carrière 2000 de la Société des musées québécois. Cyril Simard a été reçu officier de l'Ordre national du Québec en 2005.

Cyril Simard est l'auteur d'Artisanat québécois, le premier inventaire exhaustif des métiers d'art d'ici, comprenant quatre volumes publiés entre 1975 et 1985. Il a aussi fait paraître en 1989 Économuséologie ­ Comment rentabiliser une entreprise culturelle et en 1992 Patrimoine muséologique et repères historiques. Sous sa direction ont été également publiés, entre autres, Des métiers de la tradition à la création, ouvrage collectif paru en 2003, Les chemins de la mémoire, en trois volumes parus en 1990, 1991 et 1999.