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10 novembre 2005

   

Université Laval

Et le lendemain de Noël?

Selon l'économiste Jean-Yves Duclos, le cercle vicieux de la pauvreté doit être enrayé par des mesures sociales à long terme

par Renée Larochelle

L'approche du temps des Fêtes sonne généralement l'alarme: quelques semaines avant Noël, les organismes de charité unissent leurs voix afin d'inciter les gens à desserrer les cordons de leur bourse pour en faire profiter les plus pauvres. Si ces appels à l'aide peuvent constituer une excellente prise de conscience sociale, il n'en demeure pas moins qu'ils ne résolvent pas le problème de la pauvreté à long terme, les lendemains de Noël ramenant les personnes démunies à la triste réalité de leur dénuement. D'où l'importance de penser à développer des outils qui permettront aux gens de sortir du cercle vicieux de la pauvreté, estime Jean-Yves Duclos, professeur au Département d'économie.

"Les Québécois se montrent plutôt généreux lors de ces campagnes de charité et c'est très bien ainsi", dit l'économiste qui était l'un des invités au débat de la série "Participe présent" qui a eu lieu au Musée de la civilisation, le 6 novembre, sur le thème "Les grandes campagnes de charité du temps de Noël soulagent-elle plus la conscience de ceux qui donnent que la pauvreté elle-même?". "Mais il faut penser à des modes qui offrent davantage de liberté aux gens plutôt que de les enfermer dans des carcans", explique Jean-Yves Duclos, pour qui le thème du débat ouvre la porte à une discussion beaucoup plus large.

Exclusion et marginalisation
"Prenons par exemple les logements sociaux, indique Jean-Yves Duclos. Une très faible minorité de personnes en profite et celles qui en bénéficient ne veulent pas perdre un tel logement. Avec le résultat que plusieurs vont refuser un emploi qui les obligerait à déménager. Ces gens sont en quelque sorte enfermés dans un ghetto." Même chose pour le système d'aide sociale qui pénalise les gens aussitôt qu'ils tentent de s'en sortir. "Si un bénéficiaire de l'aide sociale gagne un dollar de plus d'un côté en travaillant, on lui enlève un dollar de l'autre côté. Cela crée des trappes de pauvreté. On force les gens à l'exclusion et à la marginalisation. Finalement, on aide les pauvres à condition qu'ils restent pauvres."

Pour Jean-Yves Duclos, la solution réside dans l'instauration d'une allocation universelle, soit un revenu minimum garanti pour tous, une idée qui n'est pas nouvelle, reconnaît-il, et qui a été prônée entre autres, rappelle-t-il, par le syndicaliste Michel Chartrand et le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont. "Un tel régime éliminerait les obstacles et ferait en sorte que les plus démunis se prendraient en main et se lanceraient sur le marché du travail, dit l'économiste. Au lieu de penser à des modes de fonctionnement qui excluent les plus pauvres, favorisons plutôt des modes qui les incluent."