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10 novembre 2005

   

Université Laval

Diagnostic par superallumage

Une équipe de la Faculté des sciences et de génie et de la Faculté de médecine met au point une méthode simple et efficace qui pourrait bouleverser le marché des tests d'ADN

par Jean Hamann

Une équipe de la Faculté des sciences et de génie et de la Faculté de médecine vient de démontrer l'efficacité et la sensibilité d'une méthode qui pourrait bouleverser le marché des tests de détection d'ADN. Cette méthode - que les chercheurs ont nommé la Fluorescence Chain Reaction (FCR) ou superallumage - pourrait remplacer une fraction importante des tests génétiques qui font intervenir une étape d'amplification de l'ADN - une procédure délicate et complexe qui consiste à multiplier le nombre de copies d'ADN. "Notre méthode ne requiert pas d'amplification génomique. En théorie, il suffit qu'il y ait quelques molécules d'ADN dans un échantillon pour que notre test fonctionne", fait valoir Mario Leclerc, du Département de chimie. Autres avantages, cette méthode est peu coûteuse, elle ne nécessite pas de traitement préalable complexe de l'ADN, elle n'exige pas une formation poussée du personnel qui effectue les manipulations et elle fournit une réponse en cinq minutes. "On pourrait confirmer un diagnostic de grippe aviaire en quelques minutes alors que les tests actuels exigent de trois à cinq jours", ajoute le chercheur en guise d'exemple.

Hoang-Anh Ho, Kim Doré, Maurice Boissinot, Michel G. Bergeron, Robert M. Tanguay, Denis Boudreau et Mario Leclerc décrivent les grandes lignes de leur méthode dans une parution récente du Journal of the American Chemical Society. Dans cet article, les chercheurs démontrent l'efficacité de leur méthode lors d'essais effectués avec des échantillons de sang provenant de personnes atteintes de tyrosinémie héréditaire, une maladie qui frappe particulièrement la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean.



On pourrait confirmer un diagnostic de grippe aviaire en quelques minutes alors que les tests actuels exigent de trois à cinq jours


La première étape du superallumage consiste à créer une sonde complémentaire à une séquence d'ADN spécifique à l'espèce ou à la maladie recherchée. Cette sonde est placée dans une solution qui contient des extraits d'ADN, à laquelle les chercheurs ajoutent un polymère coloré de la famille des polythiophènes. "Quand la sonde et l'ADN sont complémentaires, ils s'apparient et le polymère s'enroule autour d'eux, ce qui modifie sa structure tridimensionnelle et ses propriétés optiques", explique Mario Leclerc. Lorsqu'il y a beaucoup d'ADN, le changement est visible à l'oeil nu. Lorsqu'il y en a peu, il faut procéder à des mesures de fluorescence à l'aide d'un appareil.
Dans sa version antérieure, cette méthode optique requérait entre 300 et 400 molécules d'ADN. Les chercheurs sont parvenus à abaisser ce seuil de sensibilité à aussi peu que 20 molécules - et théoriquement à 5 - grâce à un ingénieux système d'amplification du signal lumineux. "Auparavant, une réaction entre la sonde et l'ADN allumait une seule molécule, précise Mario Leclerc. Maintenant, elle en allume des centaines."

Aux dires du chercheur, les applications du superallumage ne manquent pas: dépistage des maladies génétiques, identification de bactéries ou de virus infectieux, lutte au bioterrorisme, détection d'OGM dans les produits alimentaires, profilage génétique des patients en vue de la prescription optimale de médicaments, etc. "Notre méthode pourrait être avantageusement utilisée dans les pays en voie de développement parce qu'elle n'exige pas de personnel hautement qualifié ni d'équipement dispendieux", ajoute-t-il.

Depuis la publication de l'article, plusieurs compagnies ont demandé une rencontre avec l'équipe du professeur Leclerc. "Notre découverte est protégée par un brevet et nous avons choisi d'accorder des licences à la pièce pour des applications particulières plutôt que de vendre la technologie", explique-t-il. Des accords pourraient être annoncés d'ici quelques mois, laisse entendre le chercheur.