Au fil des événements
 

3 novembre 2005

   

Université Laval

De la Légion étrangère au Département de management

Le Bureau canadien de l'éducation internationale va souligner le cheminement singulier du professeur Gérard Verna

par Pascale Guéricolas

Gérard Verna, professeur au Département de management de la Faculté des sciences de l'administration, va recevoir dans quelques jours le Prix de leadership en internationalisation du Bureau canadien de l'éducation internationale (BCEI) qui regroupe près de 200 institutions d'éducation à travers le Canada. Recevoir un prix en internationalisation est une consécration toute logique pour un professeur qui a fondé le Carrefour Amérique latine et les missions commerciales de l'Université Laval, tout en participant récemment à la création du programme Managers sans frontières. Cependant, cette vocation internationale ne semblait pas aussi évidente lorsque Gérard Verna a fait son entrée à l'âge de 45 ans à la Faculté des sciences de l'administration en 1987. "J'ai commencé par embarquer dans tous les projets qui me passaient sous le nez jusqu'à ce que, le hasard et la chance aidant, les choses commencent à prendre tournure et que je commence à gérer un peu les choses au lieu de les subir, explique cet infatigable globe-trotter. Vous savez, il m'est arrivé une fois de donner une conférence devant deux personnes!"

Il faut dire que Gérard Verna assume pleinement sa singularité comme professeur. À une époque où les demandes de subvention mobilisent beaucoup les chercheurs, ainsi que le regroupement interdisciplinaire, il a toujours travaillé seul, en ne dépendant d'aucun organisme de financement. Finalement, comme les vrais élégants qui donnent le ton à la mode sans céder à ses diktats, ce lyonnais d'origine a réussi à faire reconnaître sa pédagogie originale, très orientée vers les questions pratiques. Successivement, il recevra le prix Carrière remis par l'Université Laval, ainsi que le Prix d'excellence en enseignement de la gestion octroyé par la firme Price Waterhouse & Coopers au meilleur enseignant au Canada dans cette discipline, sans oublier la distinction Socrate décernée par ses étudiants en management.

L'école de la Légion
Le style Verna pourrait peut-être se définir comme un mélange de probité, d'honnêteté intellectuelle et de rigueur, un style largement poli par ses expériences professionnelles très diverses. Après une enfance passée sur les marchés, ce jeune français a trouvé à s'embaucher dans la mythique Légion étrangère où il est devenu meneur d'hommes. Une profession pas si éloignée de celle d'enseignant selon lui. "On est un peu comme des curés laïcs, remarque-t-il. Cela fait partie de mon rôle d'accompagner les jeunes et de tenter de régler leurs problèmes, comme je le faisais dans l'armée française où le chef s'occupe de tout." Après quelques années de vie à la caserne, l'officier Verna quittera la grande Muette en découvrant une fraude. Son intérêt d'aujourd'hui pour l'éthique plonge peut-être ses racines dans cet incident ainsi que dans ses expériences de cadre supérieur d'une grande entreprise de travaux publics en France et en Guinée, puis celles d'entrepreneur en Afrique et au Moyen-Orient, puisqu'elles l'ont mis en contact avec un système où la corruption et le vol régnaient en maîtres.

Arrivé au Canada, "un pays pétri de bonnes intentions" selon sa propre description, Gérard Verna décide de se tourner vers l'enseignement. "Cela a été et cela reste ma vraie rédemption, confie-t-il. L'éthique y occupe une place prépondérante, quel que soit le cours enseigné. Je m'attache scrupuleusement à utiliser la moindre opportunité pour informer mes étudiants des difficultés qui les attendent." Dans ses cours, il faut s'attendre à tout, y compris apprendre à vivre avec les autres. Ainsi, pour réussir un de ses cours vedettes en gestion internationale, les étudiants doivent effectuer une présentation de vingt minutes en PowerPoint d'une question pigée au hasard parmi les quelques 150 sujets et lectures suggérés par le professeur, qu'ils soient en français, en anglais, en espagnol ou même en portugais ou en allemand. Seule solution, se diviser préalablement le travail au sein du groupe, et le jour venu bénéficier de l'expertise de ses camarades lors de la phase préparatoire de la présentation. "Je n'oblige personne, mais la plupart des étudiants assistent aux trois jours d'examens qui se déroulent durant une fin de semaine, explique l'enseignant. En procédant ainsi, ils comprennent la force d'un bon réseau et de la nécessité de coopérer."

Poussant sa théorie de l'apprentissage par l'exemple un peu plus loin, Gérard Verna a eu l'idée de proposer à ses étudiants des missions commerciales comme le Québec ou le Canada en mènent régulièrement. Chaque année, une quinzaine de volontaires se transforment en agents de développement pour le compte d'entreprises de la région, dans des pays généralement peu explorés par les gens d'affaires d'ici. Les étudiants ont ainsi eu déjà eu l'occasion de prospecter en Pologne, en Allemagne, en Italie, en Argentine, au Chili pendant trois semaines afin de décrocher des contrats ou réaliser des études de marché, selon le mandat que l'entreprise leur confie au départ. Mais attention. Pas question de partir sans se préparer pour ne pas risquer "de prendre un grand écrivain local pour un joueur de football", comme le dit si bien l'enseignant. Avec lui décidément, le monde semble tout d'un coup à portée de main.