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3 novembre 2005

   

Université Laval

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Pourquoi les femmes continuent-elles d'être sous-représentées dans l'entraînement sportif de haut niveau?

par Renée Larochelle

De la même manière qu'on les compte sur les doigts de la main en politique, les femmes qui entraînent des athlètes ou des équipes de sport demeurent peu nombreuses. Éprouvant un sentiment d'incompétence dans cette tâche, elles considèrent qu'elles ne font pas assez preuve d'autorité auprès de leurs élèves comparativement à leurs collègues entraîneurs masculins qui, eux, auraient davantage de poigne.

C'est ce qui se dégage d'une étude réalisée par Guylaine Demers, professeure au Département d'éducation physique, étude dont elle a livré les résultats lors d'une conférence donnée à la Chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes, le 28 octobre. Ayant porté les couleurs du Rouge et Or de l'Université Laval en basketball dans les années 1980, Guylaine Demers se souvient encore qu'avec les membres de son équipe, elle était allée trouver son entraîneure pour lui demander d'exercer plus de leadership. "Nous n'avions eu jusque-là que des entraîneurs masculins, explique Guylaine Demers. Pour nous, un leader c'était quelqu'un d'autoritaire qui parlait haut et fort, bref, un homme."

Pour les fins de son étude réalisée de 2000 à 2002, Guylaine Demers a mené des entrevues auprès de 18 athlètes féminines de haut niveau faisant partie d'équipes universitaires et pouvant potentiellement devenir entraîneures. En fait, 14 de ces 18 athlètes avaient été entraîneures au secondaire et au collégial. Elle a aussi interrogé 4 entraîneures parmi lesquelles 2 cumulaient 18 et 11 années d'expérience. Malgré cet important bagage de connaissances techniques et professionnelles, les filles manquaient de confiance en elles, particulièrement lorsqu'elles dirigeaient des équipes mixtes, comme au badminton. "Par rapport aux gars, souligne une des participantes de l'étude, il fallait toujours que je montre que j'étais capable de jouer au badminton. Pour eux, une fille n'était pas capable de faire le job. J'allais jouer contre eux juste pour leur fermer la gueule."

Une question de personnalité
Curieusement, c'est davantage la personnalité de l'entraîneure et non le fait qu'elle soit une femme qui va inciter les femmes à choisir cette profession, de souligner Guylaine Demers. "L'impact du modèle est présent, certes, mais il est très subtil, révèle-t-elle. Au contact de leur entraîneure, les athlètes ont dit avoir appris une autre façon d'entraîner, plus humaine, axée sur l'individu en tant que personne, où l'éducation passe avant la performance." Selon Guylaine Demers, le manque de compréhension du rôle de l'entraîneure dans la société et les conditions financières précaires qui vont de pair avec un tel emploi comptent parmi les facteurs qui démotivent les femmes à devenir entraîneures.

"Au niveau national et international, on hésite à engager des femmes parce qu'on a peur qu'elles quittent pour de bon si elles tombent enceintes, dit Guylaine Demers. Heureusement, certains organismes sportifs commencent à mettre en place des structures d'accompagnement où les femmes pourraient bénéficier de l'aide d'une gardienne lorsqu'elles doivent se rendre à des compétitions nationales ou internationales."

Malgré une certaine croissance de la présence féminine chez les entraîneurs d'athlètes de haute performance au début des années 2000, il y a encore loin de la coupe aux lèvres pour celles qui aspirent à ces postes. Lors des Jeux olympiques de Sydney, en 2000, 4 entraîneurs en chef sur 30 étaient des femmes (13 %), tandis que 6 des 86 entraîneurs réguliers étaient de la gent féminine (18 %). Légère remontée à Salt Lake City, en 2002, où les femmes comptaient pour 21 % des entraîneurs en chef et 24 % des entraîneurs réguliers. Les Jeux olympiques d'Athènes, en 2004, verront le pourcentage de femmes descendre à 7 % chez les entraîneurs en chef et à 10 % chez les entraîneurs réguliers. "Il faut faciliter la création d'un meilleur réseau d'entraîneures et de dirigeantes, constate Guylaine Demers. On doit aussi augmenter le nombre d'entraîneures impliquées ou travaillant dans les centres canadiens multisports et les instituts de formation des entraîneurs."