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3 novembre 2005

   

Université Laval

Un effet de générations?

Un troisième référendum sur l'avenir politique du Québec pourrait être gagnant pour le camp du Oui

par Yvon Larose

Gilles Gagné et Simon Langlois, deux professeurs du Département de sociologie, lancent un pavé dans la mare: alors que plusieurs le croient moribond, l'idéal de l'indépendance du Québec représente, encore aujourd'hui, une force tranquille qui conserve tout son potentiel de changement sur le plan politique. Dans une étude à paraître en décembre dans L'annuaire du Québec 2006, les deux chercheurs avancent qu'environ 53 % des électeurs donneraient un appui ferme à une question portant sur la souveraineté du Québec assortie d'une offre de partenariat économique avec le reste du Canada. En 1995, quelques jours avant le vote du référendum du 30 octobre, l'appui de la population à une question identique avait culminé à 46,1 %, d'après les sondages de la firme Léger Marketing. Le résultat final devait donner 49,4 % de votes au OUI.

L'impact des jeunes
Les deux chercheurs ont présenté les principaux résultats de leur étude le mercredi 26 octobre, dans une salle du pavillon Charles-De Koninck. Gilles Gagné et Simon Langlois ont étudié une quarantaine de sondages réalisés sur l'appui à la souveraineté depuis 1995. Selon eux, la hausse de l'appui au OUI s'explique largement par un effet de générations (voir tableau).

D'une part, le Québec compte actuellement 912 000 nouveaux jeunes électeurs âgés entre 18 et 24 ans auxquels il faut ajouter les immigrants installés au Québec depuis 1995. En 2005, 67 % des 18-24 ans accordent un appui ferme au projet souverainiste. Il s'agit d'une augmentation d'environ 6 % sur les électeurs de la même tranche d'âge de 1995. Soulignons que le nombre de nouveaux jeunes électeurs devrait augmenter d'un demi-million d'ici 2010. D'autre part, les électeurs souverainistes qui avaient entre 55 et 64 ans en 1995, et qui font maintenant partie des aînés, sont demeurés en général fidèles aux thèses du camp du OUI. Ils sont donc venus augmenter la représentation du OUI parmi les électeurs âgés, d'autant plus que bon nombre des électeurs âgés de 1995, lesquels s'étaient prononcés en faveur du NON à deux contre un, sont décédés depuis. En dix ans, les aînés pour le OUI sont donc passés de 32,6 % à 40 % dans leur catégorie.

"L'augmentation de l'appui des personnes âgées à la souveraineté ne peut s'expliquer que par l'arrivée de nouvelles cohortes, a indiqué Simon Langlois. Notre analyse par générations montre que le diagnostic qui prévalait notamment chez les sociologues canadiens anglais ne tient pas la route. Ce diagnostic voulait que l'appui à la souveraineté soit un phénomène d'âge qui va passer avec le vieillissement de la population."

Gilles Gagné a rappelé que bon nombre des 55 ans et plus avaient retiré leur appui au OUI au dernier moment en 1995. "Pour faire écho à l'incorrectitude politique de Jacques Parizeau, le soir du référendum, sur l'argent et le vote ethnique, a-t-il expliqué, je dirais que le coupable de la défaite du OUI est un groupe ethnique auquel personne n'avait pensé: le Canada français. La socialisation politique des plus âgés s'est déroulée au Canada français compris comme minorité nationale dans l'État canadien. Le dialogue canadien, le pacte des deux nations, l'espace politique pancanadien est l'horizon de la vie politique des plus âgés. A contrario, ceux et celles dont la vie politique s'est déroulée dans la société québécoise d'après la Révolution tranquille apparaissent plus ouverts à l'idée de la souveraineté du Québec."

Des allophones indépendantistes
L'étude met en lumière un soutien assez significatif des électeurs allophones à la souveraineté. Depuis deux ans, les sondages révèlent que 27 % des allophones âgés de moins de 64 ans et qui travaillent sont favorables à l'indépendance du Québec. Une autre surprise est la baisse notable, en dix ans, de l'appui au OUI chez les 18-54 ans francophones et actifs de la région de Québec. Il était de 58,8 % en 1995, il est maintenant de 50 %. Mentionnons qu'au cours de la même période et pour la même catégorie d'électeurs, une région comme l'Outaouais est passée de 32,9 % à 45,1 % d'appuis au OUI. Ailleurs au Québec, le soutien, en 2005, atteint plus de 60 %. Rappelons qu'en 1995, l'appui de la classe moyenne francophone a représenté les deux tiers de l'appui total au OUI.

Les deux chercheurs avancent trois explications possibles à la baisse de l'appui au OUI chez la classe moyenne francophone de la région de Québec. Depuis une quinzaine d'années, une bonne partie des jeunes diplômés en début de carrière ont quitté la région. Les travailleurs sentiraient moins que les résidents de la région de Montréal la nécessité pour l'État de protéger la langue française. Et l'on assisterait à une relative désorganisation de la classe moyenne, un phénomène qui entraîne la précarité de l'emploi chez bien des travailleurs.

Le texte intégral de l'étude des professeurs Gagné et Langlois est disponible à l'adresse suivante: www.inm.qc.ca, sous le titre: "Étude inédite: l'appui à la souveraineté selon les générations".