Au fil des événements
 

3 novembre 2005

   

Université Laval

Gagner à se connaître

Un programme d'intervention novateur pour aider les enfants prématurés et leurs parents à mieux communiquer

par Renée Larochelle

Pour aider les enfants prématurés et leurs parents à mieux se comprendre et donc à mieux communiquer, Réjean Tessier, professeur à l'École de psychologie et chercheur au Centre de recherche du centre hospitalier de Québec (CHUQ), a mis sur pied un programme d'intervention intitulé "Co-Naître" qui risque de faire des petits si on en juge par les impacts positifs qu'il a eus sur les relations des parents et des enfants qui y ont participé. Le chercheur a livré les résultats de cette étude lors du colloque ayant pour thème "Naissances à risque: Éthique, interventions et nouvelles avenues de recherche" qui a eu lieu à Québec les 27 et 28 octobre.

"À cause de dysfonctions neurologiques mineures, les prématurés et leurs parents éprouvent souvent des difficultés à établir des relations harmonieuses au cours des mois suivant la naissance, explique Réjean Tessier. Cette distance se traduit par des interactions moins vivantes entre l'enfant et le parent, le premier ayant du mal à détecter l'information que lui envoie le père ou la mère, le second ayant tendance à "répondre" à la place de l'enfant, en somme, à aller au-devant de ses réactions. D'où l'importance d'améliorer les rétablir la communication entre les deux parties."

L'étude a été menée auprès de 76 dyades (père ou mère) et leurs enfants, nés entre novembre 1999 et décembre 2002 à Québec et à Montréal, et dont l'âge de gestation variait entre 24 et 32 semaines. Pour qu'on puisse mesurer les progrès accomplis, les participants ont été rencontrés à 8, 11 et 17 mois. "La démarche est simple, remarque Réjean Tessier. Des exercices interactifs sont proposés aux parents comme, par exemple, des jeux d'imitation, de regards. Chaque situation est filmée, commentée et analysée par le parent avec l'aide d'une assistante. Le programme comporte quatre visites à la maison d'une durée de deux heures, à intervalle de deux semaines."

Résultat: en plus d'avoir trouvé une légère augmentation du quotient de développement des enfants, le chercheur a vu également augmenter la relation d'attachement des enfants envers leurs parents. Qui plus est, l'intervention a eu un effet positif sur la mesure de sensibilité des parents à l'endroit de leur enfant. "Dans ce programme, le parent est l'expert, l'intervenante est un guide et le renforcement vient de l'enfant, explique Réjean Tessier. C'est un programme qui ne coûte pas cher et qui marche bien."

La différence
Détentrice d'un doctorat en psychologie de l'Université Laval et chercheuse boursière du Fonds de recherche en santé du Québec, Line Nadeau a pour sa part livré les résultats d'une étude portant sur l'ajustement social à l'âge scolaire de 96 enfants nés très prématurément (29 semaines de gestation ou moins) à 60 enfants du même âge nés à terme. Effectuées en milieu scolaire, des entrevues avec les pairs âgés de 7 ans ont permis d'établir que les enfants nés prématurément étaient perçus comme significativement moins agressifs, plus retirés socialement et plus intimidés verbalement que les enfants nés à terme. À l'âge de 12 ans, comparativement à l'évaluation faite à 7 ans, les prématurés étaient perçus comme plus retirés socialement et plus intimidés physiquement.

"Certains facteurs peuvent expliquer que les prématurés aient plus de difficultés au plan social que les enfants nés à terme, révèle Line Nadeau. Il semble que les premiers aient tendance à interpréter les événements de façon biaisée, en attribuant des intentions aux propos et aux gestes des autres enfants, par exemple. En fait, ils sont beaucoup plus influencés par la manière dont ils pensent que les autres les perçoivent que par la façon dont eux-mêmes se perçoivent." Pour faciliter la vie de leur enfant, les parents de prématurés devraient se faire un devoir d'informer les professeurs de la situation, selon Line Nadeau. "Un prématuré semble parfois plus paresseux, plus distrait en classe, dit-elle. J'encourage les parents à parler de la différence de leur enfant afin qu'il puisse être aidé et mieux compris. Car contrairement à un enfant possédant une déficience motrice, et donc visible, un prématuré est un survivant qui doit combattre tout seul. "