Au fil des événements
 

3 novembre 2005

   

Université Laval

Dégel au Nord?

La recherche nordique connaît un nouvel essor, mais la glace est encore bien mince

par Jean Hamann

Cinq ans après la publication du rapport sur la crise de la recherche nordique au Canada, la tempête s'est quelque peu calmée pour les chercheurs qui osent s'aventurer dans les régions septentrionales du pays. Toutefois, la glace est encore bien mince, préviennent certains chercheurs qui déplorent l'absence de véritable politique nationale de recherche nordique et qui craignent que l'intérêt actuel pour le Nord soit surtout inspiré par des considérations économiques. Voilà sommairement ce qui ressort d'une table ronde présentée le 26 octobre par le Centre d'études nordiques (CEN), à l'occasion de la visite à Québec des titulaires de Chaires de recherche nordique du CRSNG.

Pour les titulaires de ces six chaires, créées en 2002 en réponse à une recommandation du rapport sur la crise de la recherche nordique, il ne fait aucun doute que leur situation personnelle s'est améliorée. "Pendant presque toute ma carrière, j'ai eu l'impression d'être suspendu à un fil de soie dentaire au-dessus d'un gouffre tant le financement de mes travaux était précaire, a raconté John England, un des six heureux titulaires. Je peux maintenant travailler avec plus de liberté et moins d'insécurité."

L'injection de plus de 6 M$ sur cinq ans dans ces six chaires a aussi facilité le recrutement d'étudiants et de chercheurs dans leur équipe respective, ont unanimement reconnu les titulaires. "Il serait toutefois naïf de croire que la situation a radicalement changé, a ajouté le professeur England. Rien n'est encore acquis. L'absence de véritable politique nationale en recherche nordique entraîne un problème d'orientation et de structure. Comme nation, le Canada fait montre d'une obsession quasi coloniale pour les diamants et le pétrole des régions nordiques."
À ce propos, les Territoires du Nord-Ouest sont la région du pays qui jouit du plus haut taux de croissance économique, a souligné Christopher Burn, de l'Université Carleton. L'ouverture récente de trois mines de diamants et la construction d'un gazoduc sont au coeur de ce boum économique. "Cette intense activité économique a des répercussions importantes à court terme sur les investissements en recherche", constate-t-il. Toutefois, il ne faudrait pas que la recherche motivée par le développement en vienne à porter ombrage à la recherche fondamentale, ont mis en garde les participants.

Serge Payette, titulaire de la Chaire en écologie des forêts subarctiques, a reconnu que le programme des Chaires nordiques du CRSNG avait été une bénédiction pour son équipe, même si la crise avait frappé moins durement le Québec. "Nous avions la chance d'avoir des groupes bien structurés qui profitaient d'un financement du gouvernement du Québec", a-t-il fait valoir. L'Université Laval est encore bien positionnée parmi les institutions canadiennes qui font de la recherche nordique. Ses chercheurs sont regroupés au sein du Centre d'études nordiques, de Québec Océans - maître d'oeuvre des projets CASES et ArcticNet -, et du Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones (autrefois le GETIC).

Même si la création des chaires nordiques a apporté un soutien financier appréciable, les problèmes inhérents à la recherche nordique subsistent, a souligné Serge Payette, en faisant référence aux coûts élevés du transport aérien vers les sites d'étude et de la logistique sur le terrain. Le professeur du Département de biologie constate également que le financement de la recherche fondamentale demeure problématique. "La multiplication des programmes de subventions parallèles risque de se faire au détriment des programmes qui encouragent la recherche créative personnelle, craint-il. Déjà, la situation est particulièrement difficile pour les nouveaux chercheurs."