Au fil des événements
 

3 novembre 2005

   

Université Laval

Un choc culturel pour les Occidentaux

Aux 17e et 18e siècles, les Européens ont découvert une Chine qui était, dans une certaine mesure, supérieure aux sociétés européennes

par Yvon Larose

"On a l'habitude de considérer que les habitants des pays découverts par les Européens ont ressenti un choc de cultures", explique Michel Cartier, chercheur au Centre de recherches et de documentation sur la Chine contemporaine à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris. "Mais dans le cas de la Chine, ajoute-t-il, le choc a été ressenti beaucoup plus par les Européens que par les Chinois. En effet, toutes les descriptions de la Chine qui circulent en Europe à partir du 17e siècle et jusqu'au 18e, en particulier l'information transmise par les missionnaires jésuites, décrivent une Chine dans une certaine mesure supérieure aux pays européens."

Conférencier invité au colloque du 21 octobre, Michel Cartier a d'abord énuméré les forces de la Chine aux 17e et 18e siècles. "Ce pays, a souligné le conférencier, utilisait des techniques supérieures pour la fabrication des tissus de soie et des objets de porcelaine. Les terres cultivées étaient très productives. Et sur le plan de l'organisation de l'État, la Chine paraissait mieux administrée. D'ailleurs, l'essentiel de la classe dirigeante ne se recrutait que sur la base du talent." Dans ce pays, l'accès à la justice était plus facile qu'en Europe. Et, chose impensable en Occident, les Chinois pouvaient aller jusqu'à critiquer leur souverain. L'instruction était valorisée. Quant à l'impôt, il était très modéré et il existait très peu d'impôts autres que ceux qui sont relatifs à la terre.

Un empire parfait?
Une partie de l'exposé de Michel Cartier a porté sur Le despotisme chinois, un essai écrit au 18e siècle par le médecin et économiste français François Quesnay. Celui-ci fut le promoteur d'une théorie de l'économie selon laquelle les richesses proviennent, pour l'essentiel, de l'agriculture. Il avait par ailleurs une connaissance précise de la Chine. "Avec la Chine, a expliqué le conférencier, Quesnay a découvert une espèce de modèle pour l'Europe. Constatant l'ancienneté de la culture chinoise et l'immensité du territoire, il se demande comment un immense empire comme celui de la Chine peut se maintenir pendant 4 000 ans s'il n'est pas un empire parfait. La réponse se trouve notamment dans l'organisation de la société politique. Dans ce pays, la création de la richesse se faisait surtout par l'agriculture. Le rôle du commerce était secondaire. Mais bien que la Chine du temps était prospère, on y trouvait des pauvres. Dans l'esprit de Quesnay, cela signifiait que le pays était mal gouverné."

Des jésuites admiratifs
Shenwen Li, l'organisateur du colloque, a soutenu sa thèse de doctorat à l'Université Laval en 1998. On peut y lire qu'au 17e siècle, la Chine comptait environ 100 millions d'habitants. Les Chinois possédaient un système de croyances basé sur une doctrine morale (confucianisme) et deux doctrines religieuses (bouddhisme et taoïsme). Les jésuites français étaient admiratifs devant la civilisation chinoise. Une bonne partie de leurs cadeaux destinés à l'élite chinoise était constituée d'instruments scientifiques. Pour éviter l'étiquette de "barbares étrangers" qui aurait fait d'eux des objets de mépris, les jésuites français ont appris le chinois et adopté les coutumes du pays. La promotion d'une doctrine aussi différente que le christianisme a soulevé doutes, malentendus, incompréhension et résistance chez les Chinois. Néanmoins, au début du 18e siècle, la Chine comptait quelque 300 000 convertis. Plusieurs ordres religieux, provenant de différents pays européens, formaient le contingent missionnaire en Chine. Les jésuites français respectaient le culte des ancêtres et le fait que les gens se prosternaient devant la statue de Confucius au cours de certaines fêtes. Mais pour d'autres ordres religieux, comme les dominicains et les franciscains, il s'agissait de superstitions qu'il fallait éradiquer. À la suite de leur insistance, le pape leur a donné raison. Mécontent, l'empereur a interdit, en 1717, le christianisme en Chine.