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3 novembre 2005

   

Université Laval

Qui perd gagne

Malgré un déficit commercial croissant, le Canada fait des gains réels dans ses échanges avec la Chine

par Yvon Larose

Le Canada enregistre année après année un déficit commercial croissant avec la Chine. L'an dernier, ce déficit atteignait la bagatelle de 18,1 milliards de dollars. Et ce n'est pas fini. Les projections du Conference Board du Canada prévoient qu'il pourrait atteindre 55 milliards en 2025. Ces chiffres soulèvent des interrogations, des inquiétudes, voire de la contestation. Plusieurs préconisent le recours au boycott ou à des mesures protectionnistes face aux produits faits en Chine. Zhan Su, professeur titulaire de management international et de stratégie de l'entreprise au Département de management, suggère, pour sa part, de regarder au-delà des statistiques brutes. Selon lui, le Canada fait des gains réels dans ses échanges avec la Chine. En conséquence, et vu la particularité de l'économie canadienne et les perspectives de forte croissance de l'économie chinoise, il prône le renforcement des liens économiques entre les deux pays. "Entre 1993 et 2003, explique-t-il, les échanges commerciaux entre les deux pays ont presque quintuplé. Le Canada est l'un des rares pays, en 2004, à avoir vu ses exportations vers la Chine augmenter plus vite que ses importations, soit de 38,8 %. Et en 2003, la Chine est devenue le deuxième plus important partenaire commercial du Canada, mais très loin derrière les États-Unis."

Le vendredi 21 octobre, au pavillon Palasis-Prince, Zhan Su a participé à un colloque sur les relations interculturelles et internationales entre la Chine et l'Occident. Selon lui, la composition des importations chinoises vers le Canada a beaucoup changé. "Le Canada importe de plus en plus de biens chinois, mais pour quels usages?, a-t-il demandé. Depuis environ deux ans, ce ne sont plus des biens de consommation comme les jouets ou les vêtements qui sont les plus importés. Ce sont plutôt des équipements et des technologies qui viennent renforcer la compétitivité des entreprises canadiennes." Selon le professeur, l'économie chinoise serait devenue, au fil des ans, un des moteurs majeurs de la croissance économique du Canada. Comment? Par une augmentation annuelle moyenne de 12,5 % du volume des exportations canadiennes vers la Chine.

Des impacts cachés
Une étude américaine récente révèle que les consommateurs, aux États-Unis, économisent chaque année quelque 100 milliards de dollars par le simple fait d'acheter à bas prix des produits fabriqués en Chine. Au Canada, les économies réalisées avoisineraient les 10 milliards, ce qui correspondrait à une augmentation de 5 à 10 % du niveau de vie. "Et au moins dix millions d'emplois ont été créés ces dernières années aux États-Unis autour des échanges commerciaux avec la Chine", a indiqué Zhan Su qui n'hésite pas à qualifier la Chine de "col bleu du monde". "Les prix des produits chinois sont inférieurs de 30 à 50 % de leur valeur réelle, a-t-il ajouté. J'oserais même dire que le gouvernement chinois est quasiment en train de "subventionner" les pays étrangers. Environ 40 % des produits chinois exportés ont un niveau très bas de valeur ajoutée. C'est pourquoi la Chine doit exporter 800 millions de chemises pour acheter un Airbus. Tandis que les entreprises chinoises sont imposées à 33 % sur leurs bénéfices, les entreprises étrangères installées en Chine ne sont imposées qu'à 13 ou 14 % pendant les cinq premières années suivant leur implantation."

Une usine mondiale
Véritable usine mondiale, ce pays de 1,3 milliard d'habitants fabrique aujourd'hui, notamment, 90 % des DVD produits dans le monde, 75 % des jouets, 70 % des tracteurs, 50 % des appareils photos et 36 % des téléviseurs. La part de la Chine dans le commerce mondial se situe actuellement à 6 %. En 2004, 30 % des produits chinois exportés étaient en technologies de pointe. Selon une projection de la Banque mondiale, la Chine sera la principale puissance économique du monde en 2020, devant les États-Unis et le Japon. Cela dit, tout n'est pas parfait chez le nouveau géant asiatique. Sur le plan environnemental, par exemple, la Chine est durement touchée par la pollution et les pluies acides. "Parmi les 14 villes les plus polluées au monde, 9 sont chinoises, a précisé Zhan Su. Presque 15 % du PIB chinois doit être dépensé pour traiter les problèmes de pollution."

En conclusion de son exposé, le conférencier a soutenu que le Canada devrait être capable de profiter davantage de l'émergence de la Chine au lieu de la considérer comme une pure menace. "C'est une menace si on ne fait rien, a-t-il dit. Il faut savoir se positionner devant cette nouvelle donne. C'est encore possible de concurrencer et les industries manufacturières ne sont pas toutes condamnées. Si vous voulez rester dans un secteur d'activité où les Chinois sont aussi forts, sinon plus forts que vous, vous devez faire quelque chose que les autres ne peuvent pas faire, comme développer une niche."