Au fil des événements
 

20 octobre 2005

   

Université Laval

Place à la nation

Pour Bernard Landry, l'indépendance du Québec est d'abord une question de volonté commune

par Renée Larochelle

Les détracteurs de l'indépendance du Québec qui arguent que la province compte un trop petit nombre d'habitants pour être un pays peuvent aller se rhabiller. En matière de souveraineté, ce n'est pas le poids du nombre qui importe mais bien la volonté commune de constituer une nation. Outre cette volonté qui ne saurait tarder à se manifester sous la forme d'un référendum gagnant, le Québec possède tous les atouts pour faire une nation: des projets, des rêves, des malheurs et des bonheurs vécus en commun. De quoi faire un pays, un vrai de vrai et pour de bon.

C'est le message qu'a lancé Bernard Landry, ex-premier ministre et ex-chef du Parti québécois à la centaine d'étudiantes et d'étudiants venus l'entendre le 18 octobre, au pavillon Charles-De Koninck. Très en verve dans cette conférence ayant pour thème "Nationalisme et mondialisation", Bernard Landry a rappelé que les exemples de pays ayant leur place à la table des nations du monde et qui comptaient moins de dix millions d'habitants comme le Québec pullulaient: l'Irlande, la Suède, la Suisse, le Danemark, la Norvège, et d'autres encore. Que dire du Luxembourg, qui n'atteint même pas le million d'habitants? "Si le Québec n'est pas assez puissant pour siéger aux Nations Unies, il y en a beaucoup qui n'ont pas d'affaire là, a lancé Bernard Landry. En fait, le concept de nation s'applique autant aux États-Unis qu'au Luxembourg ou à la Chine."

Une autre histoire
"Paul Martin a dit que nous vivions à l'ère des géants, a dit le conférencier. C'est son opinion. Moi, je dis que les petits pays sont généralement mieux gérés que les plus grands. Ne vous laissez pas dire que l'indépendance du Québec est une attitude de repli sur soi et de fermeture au monde. Au contraire, l'aventure de l'indépendance démontre une grande ouverture à construire un pays qui nous ressemble." Quant à la mondialisation, elle n'est pas à rejeter totalement, tout comme on ne peut pas l'accepter en bloc. Il faut donc en prendre ce qui s'avère progressiste et intéressant pour l'humanité, comme par exemple la libre-circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes.

"On ne peut pas être progressiste et crier au meurtre à chaque fois que les Chinois nous vendent un T-Shirt, a souligné Bernard Landry. La mondialisation propose une politique d'ouverture permettant à tous les êtres humains d'avoir un niveau de vie décent." Toutefois, le même phénomène comporte aussi certains dangers, comme l'uniformisation culturelle. Sera-t-on plus intelligent le jour où toute la planète regardera CNN? s'interroge Bernard Landry, pour qui il est vital que les cultures de tous les pays soient préservées. Pour cette raison, la mondialisation doit se faire sous l'égide d'organisations internationales. "Ce n'est pas à un pays à gérer la planète, les décisions doivent être prises par des hommes et des femmes de tous les pays. D'où l'importance que le Québec devienne un pays et parle en son nom, en votre nom. Ainsi, les décisions concernant votre vie ne seront pas prises par d'autres et vous saurez vers qui aller pour vous plaindre."

À ceux et celles qui douteraient encore de la capacité du Québec à se tailler une place dans le monde comme pays, Bernard Landry répond qu'en tant que quinzième économie mondiale, le Québec n'a rien à envier à d'autres. "Quebecor est le plus puissant imprimeur de la planète tandis que Bombardier est le troisième avionneur au monde. On pourrait citer bien d'autres exemples de réussites exceptionnelles d'entreprises québécoises." Et de rappeler que dans les années 1960, des gens bien intentionnés disaient que les Canadiens français n'étaient pas faits pour les affaires mais qu'ils avaient bien du talent pour cultiver la terre, devenir des curés et exercer des professions libérales. "La question de l'insécurité financière au lendemain d'un référendum gagnant n'a pas de base réelle car nous avons prouvé de quoi nous étions capables", a expliqué Bernard Landry.

"Quand un pays naît, le Canada est toujours le premier pays à l'appuyer, a conclu le conférencier avec humour. Reste à savoir ce qu'il fera avec le Québec. Il éprouvera peut-être des difficultés avec nous mais ceci est une autre histoire."