Au fil des événements
 

20 octobre 2005

   

Université Laval

Le livre se livre

Les bouquins fusionnels de Louise Paillé à la Galerie des arts visuels

par Pascale Guéricolas

Il y a quelques siècles, Louise Paillé aurait peut-être transcrit des récits et enluminé des manuscrits dans un couvent, penchée sur une écritoire. Son travail autour du livre rappelle en effet la patience déployée par les moines copistes lorsqu'elle prend le temps de copier ligne après ligne des textes d'auteurs pour créer un nouveau type d'oeuvre littéraire. Ses livres-livres, comme elle les appelle, sont la fusion de plusieurs textes. Un livre d'occasion sert ainsi de support à un texte intégral, retranscrit à la main, en lien ou non avec le récit sur lequel il s'appuie. L'artiste prend ensuite la liberté d'adopter une typographie de son cru, de former des dessins à partir des lignes retranscrites, de teindre les pages du livre pour créer un objet hybride, ni tout à fait texte à lire ni tout à fait seulement uvre à caresser des yeux.

"Selon moi, un livre publié contient déjà de nombreux livres puisque l'écrivain en a lu plusieurs et que le lecteur se l'approprie pour créer sa propre histoire, explique Louise Paillé, diplômée en histoire de l'art de l'Université Laval. J'ai donc voulu créer un espace traduisant cette perpétuelle transformation du livre." À l'intérieur de la salle d'exposition, plusieurs installations laissent voir ses rapprochements littéraires. Un grand livre de médecine médiéval trône par exemple sur une large surface où sont reproduites plusieurs pages imprimées. Au milieu de la description savante du corps humain ou des illustrations, s'intercale la retranscription de L'oeuvre au noir de Marguerite Yourcenar, qui traite justement d'un alchimiste au Moyen-ge. Un peu plus loin, l'artiste présente sur une écritoire un livre relié sur l'histoire de la paroisse de Notre-Dame-du-Mont-Carmel où elle demeure, livre sur lequel elle a retranscrit des romans de Réjean Ducharme. "J'aimais le rapport d'opposition entre ces deux types d'ouvrage, raconte-t-elle. Ducharme insiste beaucoup sur le côté sombre de la vie dans les petites municipalités au Québec, tandis que l'autre livre présente toujours les gens sous leur jour le plus favorable."

Au-delà de ces considérations littéraires, les oeuvres de Louise Paillé invitent surtout les visiteurs à considérer les livres-livres comme des objets dont on peut apprécier les couleurs et la disposition dans l'espace. Même si elle met un soin jaloux à tout retranscrire, il est difficile, voire impossible, en effet, de lire le récit copié. Un peu comme si l'artiste voulait souligner que chaque histoire lue devient la propriété de celui ou de celle qui la déchiffre. "En 1992, lorsque j'ai commencé ce genre ce travail, j'étais partagée entre la littérature et les arts visuels", raconte Louise Paillé. Au fil du temps, elle a choisi de moins s'intéresser à la lisibilité du texte pour avoir la liberté de créer davantage. Au bas d'un mur, une collection de livres ouverts expose des pages violemment colorées. À quelques pas de là, des textes retranscrits à l'encre rouge dans une autre série d'ouvrages de même format finissent par former une ligne continue. Le livre prend un nouvel envol pour devenir une uvre d'imagination à part entière.

La Galerie des arts visuels de l'édifice La Fabrique est ouverte du mercredi au vendredi de 11 h 30 à 16 h 30 et le samedi et le dimanche de 13 h à 17 h. L'exposition a lieu jusqu'au 6 novembre.