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13 octobre 2005

   

Université Laval

"Il faut penser plus loin que l'outil"

Ingénieur-étudiant sans frontières, Martin Bérubé voulait transformer l'Afrique, mais c'est lui qui rentre du Mali transformé

par Jean Hamann

Adolescent, Martin Bérubé rêvait de devenir ingénieur pour aider les défavorisés de la Terre à sortir de leur misère. Il avait même pensé mettre sur pied un organisme qui, à la façon de Médecins sans frontières, viendrait en aide aux pays en développement en leur apportant du savoir-faire technologique. "Quand j'ai appris que cet organisme existait déjà et qu'une section étudiante allait être créée à l'Université, je n'ai pas hésité une seconde à embarquer", raconte l'étudiant de quatrième année en génie physique.

Cet automne, au moment où la section Université Laval d'Ingénieurs sans frontières fête sa première année d'existence, Martin Bérubé rentre du Mali où il a passé quatre mois à titre de stagiaire au sein de cet organisme. Malgré la formation qu'il a reçue avant son départ, l'étudiant a été renversé par la pauvreté qui y règne. "C'est pire que tout ce que j'avais anticipé. J'ai été sous le choc pendant les trois premières journées", avoue-t-il.

Sa première expérience en sol africain a métamorphosé sa vision de l'aide au développement "Je croyais qu'en raison de mes connaissances, j'allais pouvoir être une sorte de sauveur pour les gens là-bas. J'ai vite réalisé qu'il y avait des ingénieurs maliens très compétents et que ce qui manque le plus, c'est du financement pour leurs projets." À Sévaré, il a participé à l'implantation d'une plate-forme multifonctionnelle, une sorte de moteur auquel différents outils peuvent être reliés: un moulin à farine, une presse pour fabriquer du beurre de karité, une pompe, un alternateur électrique. "Je me doutais bien que mes connaissances sur les lasers n'allaient pas être très utiles, et j'ai été surpris de constater à quel point mon travail consistait à régler des problèmes de relations humaines pour assurer une meilleure utilisation de la plate-forme par tous les utilisateurs. Ça prouve bien que la technologie n'est pas une finalité en soi, mais simplement un outil pour le développement. Il faut toujours penser plus loin que l'outil."

Son expérience au Mali n'a pas détourné Martin Bérubé de l'aide internationale, bien au contraire. Il occupera d'ailleurs la coprésidence de la section Université Laval d'Ingénieurs sans frontières cette année. L'organisme regroupe maintenant une trentaine de membres qui proviennent surtout des programmes de génie, mais également de biologie et d'enseignement secondaire. "Nous sommes ouverts à toutes les personnes ingénieuses sans frontières", explique-t-il. Le groupe intensifiera les efforts qu'il a entrepris l'année dernière pour faire intégrer des questions de développement international dans la formation des futurs ingénieurs. Il poursuivra également son populaire programme "Eau pour le monde" qui a permis de sensibiliser 500 jeunes des écoles secondaires aux enjeux liés à l'eau l'année dernière. "Notre objectif est de joindre entre 1 600 et 2 000 élèves du secondaire et du cégep cette année", précise l'étudiant.

Le rêve d'aider le monde habite toujours Martin Bérubé, mais il a reçu une bonne dose de réalisme en sol malien. "Ce que nous faisons sur le terrain en Afrique est important, mais la sensibilisation que nous faisons ici, à l'Université, au Québec et au Canada, est peut-être encore plus importante pour changer les mentalités quant au type d'aide que nous pouvons apporter à l'Afrique."