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13 octobre 2005

   

Université Laval

Une ville en débat

Vivre ensemble à Québec: plus qu'une question de patrimoine

par Renée Larochelle

Après avoir veillé de près à la protection du patrimoine religieux et du patrimoine archéologique, les Québecois se préoccupent maintenant du patrimoine de proximité. Comme son nom l'indique, le patrimoine de proximité se trouve à portée de main: c'est l'école de quartier menacée de fermeture, le presbytère déserté de notre enfance ou encore l'église vidée de ses fidèles. En somme, la conception du patrimoine a changé et, par là, la façon de le gérer.

"Hier, nous protégions notre patrimoine à l'intention des générations futures. Aujourd'hui, on le fait plutôt pour servir notre intérêt immédiat", a souligné Luc Noppen, professeur à l'UQÀM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, lors de la Chaire publique organisée par l'Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (ÆLIÉS), le 6 octobre, à l'Agora du pavillon Alphonse-Desjardins, sur le thème "Vivre ensemble: la ville en débat". "Tout se passe comme si nous voulions protéger notre environnement des dégâts que nous pourrions y faire durant notre propre vie", croit Luc Noppen, historien d'architecture ayant enseigné près de 30 ans à l'Université Laval. Cela dit, le patrimoine à protéger est partout, et pas seulement sur la Grande-Allée ou dans le Vieux-Québec.

"Des patrimoines fabuleux, il en existe tout plein dans les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur", a lancé cet urbain convaincu qui s'insurge contre le fait qu'on enferme le patrimoine dans une tour d'ivoire, sans tenir compte du fait que ce sont d'abord les gens qui font qu'une ville est belle. "Si le Vieux-Québec est un lieu de patrimoine mondial, le Vieux-Montréal en est un de développement architectural, note Luc Noppen. Beaucoup de nos monuments ne sont plus des révélateurs de notre identité. On doit envisager leur existence en tenant compte des nouveaux besoins."

Sauver la ville
Représentant le milieu des affaires, Patrick Simard a insisté sur les coûts exorbitants liés à la sauvegarde du patrimoine à Québec. "C'est très difficile d'entretenir le patrimoine à Québec, a dit l'avocat et président du Bureau des gouverneurs de la Chambre de commerce de Québec. Par exemple, le remplacement d'une fenêtre d'un édifice classé coûte les yeux de la tête et doit respecter une série de règles. Cela devient très lourd à gérer." "Le problème, c'est que ceux qui prônent la protection du patrimoine n'ont pas d'argent", a soulevé la conseillère municipale sortante Ann Bourget. À ses yeux, toutefois, Québec a beaucoup d'autres défis à relever si elle veut survivre en tant que capitale nationale et en tant que capitale tout court. Figurent parmi ces défis l'accueil des immigrants et leur maintien au sein de la population. "Une ville se construit avec du monde et des compétences diversifiées, ne l'oublions jamais", a affirmé Ann Bourget qui n'a pas manqué de souligner au passage les conséquences positives des fusions municipales. "Elles ont permis que chacun arrête de tirer la couverture de son bord et c'est très bien pour une ville comme Québec."