Au fil des événements
 

6 octobre 2005

   

Université Laval

Le courrier

Race de monde

Les propos tenus par le Dr Mailloux sur les ondes de Radio-Canada ont semé la zizanie. Si les déclarations pseudo-scientifiques du psychiatre nous ont choquées, certains arguments et mots utilisés dans les débats ont fait "ciller" nos petites oreilles d'anthropologues. Dans les médias, comme au bureau ou au café du coin, les réactions étaient nombreuses et diverses. Cependant, du détracteur à l'acolyte, il y a un point commun: l'utilisation abusive et inappropriée du concept de "race". Un peu comme la notion de "liberté d'expression", à force de l'utiliser à tort et à travers, on ne sait plus de quoi on parle.

Le concept de race prend son essor au XIXe siècle. C'est l'époque où les scientifiques tentent de projeter sur les groupes humains des classifications nominales selon des caractéristiques biologiques et héréditaires. Le XIXe siècle, c'est également l'époque du colonialisme et de nombreuses pratiques racistes: évangélisation, oppression, exploitation et exclusion des populations soit disant "arriérées". Si nous savons maintenant que le système colonialiste tirait ses sources des préjugés raciaux liés à une supposée sélection naturelle chez l'humain, nous nous surprenons toujours de voir la persistance de l'utilisation des ces idées aujourd'hui. Cette persistance est rendue possible justement par ce petit mot de quatre lettres, ce volcan qui dort, toujours prêt à se réveiller: "race".

Pourtant, les races n'existent pas. Il n'y a qu'une seule espèce, l'espèce humaine. Les "rouges", les "jaunes", les "blancs" et les "noirs" ne sont que le fruit de notre imagination. La couleur de la peau, bien qu'il s'agisse d'une distinction apparente, ne suffit pas à diviser les groupes humains en différentes races. Lorsqu'on s'y attarde un peu, on s'aperçoit que ce caractère se révèle, chez les individus, de manière très variée: teint pâle; teint basané; teint noir, noir foncé, noir pâle Et que dire de Michael Jackson, aurait-il changé de "race"? Nous percevons réellement ces distinctions de pigmentation de la peau, des cheveux et des yeux, mais nous pouvons tout aussi bien percevoir des grandes et des petites tailles, des nez pointus et des nez crochus. Avons-nous pour autant la race des grandes oreilles? Et que dire des joufflus? Il y a tellement de variations biologiques entre les individus que si l'on voulait les classifier par "races", il faudrait créer 6,5 milliards de races humaines, c'est-à-dire le nombre total d'habitants sur la terre.

Utiliser le mot race, c'est dire qu'il existe des différences biologiques entre les groupes humains. Or, les seules frontières qui séparent réellement les populations sont des frontières sociales: Eux et Nous. En somme, se référer au concept de race pour lutter contre le racisme, c'est un peu comme essayer d'éteindre un feu avec du bois: ce dernier ne constitue pas la solution, mais plutôt la source du problème! En ce sens, disait Albert Camus, "mal nommer les choses, c'est ajouter du malheur au monde"

CATHERINE LEVASSEUR et JULIE MARESCHAL
Anthropologues diplômées de l'Université Laval