Au fil des événements
 

29 septembre 2005

   

Université Laval

Sorties de placard

En cinq ans, le programme "Vincent et moi", a permis à près de 40 artistes de prendre leur envol

par Pascale Guéricolas

L'exposition annuelle "Vincent et moi" affiche un lustre particulier cette année. Présentée dans la salle Marie-Renouard du Centre hospitalier Robert-Giffard, elle souligne avec éclat les cinq ans d'existence de ce programme original, destiné à des personnes recevant des soins psychiatriques au Centre hospitalier Robert-Giffard ou dans la communauté, à travers les oeuvres d'une vingtaine d'exposants. Très fier du travail accompli par les artistes qu'il accompagne, le responsable du programme, François Bertrand, souhaite que leurs productions rayonnent encore davantage. "Je rêve d'aller chercher des mécènes, de gros commanditaires afin d'avoir vraiment les moyens de nos ambitions, s'enthousiasme-t-il. Au début, notre collection d'oeuvres d'artistes du programme, qui compte aujourd'hui quelque 200 pièces, circulait surtout à l'intérieur de l'hôpital. Des gens de l'Université Laval, du Théâtre de la Bordée les empruntent aussi maintenant. Ces institutions accueillent aussi fréquemment nos expositions, mais il faut s'ancrer encore davantage dans la communauté." Déjà l'Université Laval permet chaque année à des artistes de "Vincent et moi" de bénéficier des équipements de l'École des arts visuels et du savoir-faire de ses étudiants à travers un projet intitulé "L'art sans frontières", mais la collaboration pourrait se renforcer encore dans les années à venir.

En accompagnant les artistes dans leur création, François Bertrand a eu tout le loisir d'observer l'effet parfois spectaculaire du programme sur leur vie. "Je me souviens de Linda Dumont, très agoraphobe, qui pensait même apporter des cônes orange pour empêcher les gens de la frôler durant son premier vernissage. Quelques années plus tard, elle est devenue porte-parole de l'exposition annuelle. Pour beaucoup d'artistes, exposer leurs oeuvres ressemble à une sortie du placard. Tout à coup, ils retrouvent une dignité perdue et deviennent de véritables personnes et non plus seulement des malades mentaux." Une des toiles réalisées par Mireille Bourque, la porte-parole des artistes pour cette exposition annuelle, illustre d'ailleurs cette soif de reconnaissance. Son collage, constitué d'objets du quotidien comme des tickets de théâtre, d'autobus, des factures, s'intitule ironiquement Timbrés et affranchis. "Je vous défie de trouver parmi les personnages sur ce tableau lequel sort de Robert-Giffard, lance-t-elle. Je voulais montrer que nous retrouvons maintenant notre place de citoyen en vivant très souvent au sein de la communauté. Aujourd'hui, j'ose davantage sur mes toiles, ce qui m'amène aussi à m'affirmer comme personne différente dans la société."

L'art et la cité
La question de l'intégration des artistes et de l'art dans la vie préoccupe beaucoup John R. Porter, directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec et président d'honneur de cette exposition. D'autant plus peut-être que le musée qu'il dirige vient d'organiser une exposition très courue des oeuvres de Camille Claudel dont la vie s'est terminée dans un asile psychiatrique. "Cette artiste a réussi à transcender sa maladie mentale pour aller au-delà d'elle même, rappelle l'historien de l'art. L'art, c'est vraiment un miroir, un exutoire, une façon de communiquer et je pense que c'est encore plus vrai pour les personnes qui ont des problèmes mentaux."

Aux yeux de ses responsables, "Vincent et moi" ne se définit pas comme de l'art-thérapie ou simplement une occupation de loisir, il faut que les participants soient vraiment dans un processus créatif pour y participer. Diane Bellefeuille, par exemple, qui a produit des toiles figuratives en noir et blanc pour cette exposition, a dû attendre de faire ses preuves pour accéder au programme. Manifestement les efforts que les artistes investissent dans leurs toiles en valent la chandelle, à contempler le visage ravi de Denyse Toussaint devant son très coloré tableau intitulé Inquiétudes et festivités. Tout sourire, elle reconnaît volontiers que les compliments que le public lui adresse la remplissent de fierté et la valorisent.

L'exposition "Vincent et moi", jusqu'au 2 octobre, à la salle Marie-Renouard du Centre hospitalier Robert-Giffard, 2601 de la Canardière, à Beauport, de 12 h à 17 h du lundi au jeudi et de 13 h à 20 h du vendredi au dimanche.