Au fil des événements
 

29 septembre 2005

   

Université Laval

La paix, l'ordre et le bon gouvernement

Le Canada renforcera sa présence militaire en Afghanistan conformément à ses nouvelles politiques étrangère et de défense

par Yvon Larose

Au début de 2006, un millier de soldats canadiens iront grossir la Force internationale d'assistance à la sécurité déployée en Afghanistan. Sous mandat de l'ONU, dirigée par l'OTAN, cette force comprend actuellement quelque 8 000 militaires en provenance de 34 pays. "Cette mission, qui comprendra notamment des activités de maintien de la paix et des opérations de combat, est une suite logique de nos engagements antérieurs dans ce pays", a expliqué Bill Graham, ministre de la Défense nationale du Canada, le vendredi 23 septembre au pavillon Charles-De Koninck. "Elle est aussi la mise en application de nos nouvelles politiques étrangère et de défense, a-t-il ajouté. Enfin, elle est l'expression de nos valeurs en ce sens que nous contribuons à la reconstruction d'un pays en difficulté et que nous redonnons l'espoir à un peuple qui souffre depuis longtemps."

La conférence du ministre Graham, présentée par le programme Paix et sécurité internationales de l'Institut québécois des hautes études internationales, s'intitulait: "La mission des forces canadiennes en Afghanistan: les valeurs du Canada en action". "Nous ne sommes pas des colonisateurs, a poursuivi le ministre. Nous essayons d'apporter à l'Afghanistan et aux autres États où nous intervenons ce qui nous apparaît comme des valeurs universelles: la paix, l'ordre et le bon gouvernement."

Des États en défaillance
Les opérations du Canada à l'étranger reposent sur le concept d'"État en défaillance ou en situation d'échec". Entre 20 et 30 pays correspondraient actuellement à cette définition. On y observe, selon les endroits, des conflits armés à l'intérieur des frontières, un gouvernement faible, voire absent sur une grande partie du territoire, des mouvements de réfugiés, des famines, des pandémies. Selon Bill Graham, l'Afghanistan serait l'État en défaillance par excellence et ce, depuis dix ans. "Après la désintégration de l'Union soviétique, a-t-il expliqué, le monde est devenu beaucoup plus instable. Les États en défaillance ou en situation d'échec constituent sans nul doute aujourd'hui la principale menace à la paix et à la sécurité mondiales. Si nous n'intervenons pas à la source de ces problèmes, ils vont tôt ou tard nous hanter chez nous comme nous l'avons appris à notre grand dam à New York, Madrid et Londres."

Les militaires qui interviennent dans ces pays ne se limitent pas à faire la guerre. Ils doivent en plus être diplomates, bons négociateurs et être sensibles aux différences culturelles. Selon Bill Graham, les forces canadiennes possèdent ces atouts "plus que n'importe quelle autre force militaire". "Cela, a-t-il dit, leur vient de leur vaste expérience de maintien de la paix depuis les années 1950, de leur performance enviable dans les guerres du passé, et de leur expérience plus récente dans des régions difficiles, notamment les Balkans."

Le ministre a insisté sur la mise à jour nécessaire du concept de maintien de la paix. "Nous n'abandonnons pas ce concept, a-t-il expliqué. Nous l'adaptons aux nouvelles réalités. Le lot de nos forces armées, au cours de la dernière décennie, a consisté en des opérations militaires multilatérales complexes. Le soldat de la paix d'aujourd'hui a souvent besoin, pour être efficace, de mandats et de règles d'engagement plus robustes et plus flexibles, ainsi que de meilleures capacités de combat."