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29 septembre 2005

   

Université Laval

Des lendemains qui chauffent

Il faut se préparer dès maintenant à faire face aux changements climatiques, estiment des spécialistes en santé publique

par Jean Hamann

Par les temps qui courent, les Québécois sont davantage préoccupés par la montée du prix de l'essence que par la hausse du mercure, mais les choses pourraient changer si des canicules aussi mortelles que celle qui a frappé la France, il y a deux ans, s'abattaient sur le pays. La vague de chaleur d'août 2003, cause de 15 000 décès dans l'Hexagone, a secoué les responsables de la santé publique au Québec, estime Pierre Gosselin, professeur à la Faculté de médecine et chercheur à l'Institut national de santé publique du Québec. "J'ai senti un changement d'attitude complet du ministère de la Santé et des Services sociaux depuis cet événement", souligne le chercheur qui compte parmi les rares épidémiologistes québécois à s'intéresser à l'effet des changements climatiques sur la santé publique. Reste la population à convaincre de la nécessité de changer dès maintenant ce qui peut l'être et de se préparer pour le reste.

La tâche ne sera pas facile si l'on en juge par les résultats préliminaires d'un sondage présentés par Pierre Gosselin et ses collègues Bernard Doyon et Diane Bélanger lors du Congrès international "Environnement et Santé", qui avait lieu la semaine dernière sur le campus à l'initiative de l'Association des épidémiologistes de langue française. Leurs analyses portent à croire que le Québécois moyen accueille la hausse du mercure dans un état voisin de la béatitude. "Il est compréhensible que les gens qui habitent un pays froid comme le nôtre voient, dans un premier temps, certains avantages au prolongement de la saison estivale et à la hausse des températures", plaide le professeur Gosselin à la décharge des répondants.

Un mur d'indifférence
Malgré toutes les informations qui circulent au sujet des changements climatiques, 20 % des quelque 2 000 personnes interrogées croient que les activités humaines sont peu ou pas du tout responsables du phénomène. De plus, près de 80 % des répondants estiment que, au moment de l'enquête, leur santé n'était pas menacée par le réchauffement global. "Il semble assez clair qu'on ne peut pas compter sur la dimension santé pour mobiliser la population contre les changements climatiques", analyse froidement Pierre Gosselin.

Les répondants semblent beaucoup miser sur le froid pour combattre le chaud. Ainsi, ils sont fortement en faveur de la climatisation des hôpitaux et des résidences pour personnes âgées, et ils accueilleraient favorablement un programme de subvention destiné à climatiser le domicile de personnes malades. Côté transport, ils appuient fortement le transport en commun, mais ils se montrent farouchement opposés aux mesures qui entraveraient l'achat ou l'utilisation de l'automobile. Par ailleurs, les mesures restreignant le chauffage au bois font long feu. "Bien au chaud, près du foyer ou du poêle à bois, on ne semble plus se préoccuper de ce qui se passe dehors", ne peut que constater Pierre Gosselin.

La modélisation effectuée par son équipe, à partir de données météorologiques et de rapports sur les décès survenus à Montréal entre 1981 et 2001, révèle qu'environ 600 personnes seraient mortes de causes reliées au réchauffement climatique pendant cette période. Les chercheurs utiliseront maintenant leur modèle pour établir, à l'aide des projections météorologiques provenant du projet Ouranos, l'impact des variations climatiques sur la morbidité et la mortalité dans les différentes régions du Québec pour la période 2010 - 2040. Pareilles données réussiront peut-être à ébranler le mur d'indifférence derrière lequel les Québécois semblent s'être réfugiés pour échapper aux changements climatiques.