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29 septembre 2005

   

Université Laval

Chimio, radio, boulot

Au fil des ans, les femmes qui ont eu un cancer du sein ne s'absentent pas plus du travail que leurs consoeurs

par Jean Hamann

Trois ans après leur maladie, les femmes qui ont eu un cancer du sein ne s'absentent pas davantage du boulot que les autres travailleuses québécoises, révèle une recherche publiée par une équipe de la Faculté de médecine dans l'édition du 27 septembre du Canadian Medical Association Journal. L'étude réalisée par Mélanie Drolet, Elizabeth Maunsell, Myrto Mondor, Chantal Brisson, Jacques Brisson, Benoît Mâsse et Luc Deschênes, de l'Unité de recherche en santé des populations, constitue la première analyse détaillée jamais réalisée dans le monde sur l'impact du cancer du sein sur l'absence du travail.

Les chercheurs ont interrogé 646 femmes de 18 à 59 ans qui avaient eu un cancer du sein et 890 travailleuses épargnées par cette maladie, afin d'établir dans quelle mesure le cancer du sein contribue à l'absence du travail pour une période d'au moins quatre semaines consécutives. Ce n'est que pendant l'année qui suit le diagnostic que les chercheurs ont noté une différence entre les deux groupes. En raison de la chirurgie et des traitements de radiothérapie et/ou chimiothérapie, 85 % des femmes du groupe cancer s'absentent pour plus de 4 semaines (durée moyenne: 5,6 mois) contre 18 % dans le groupe témoin (durée moyenne: 1,7 mois). Cette différence s'estompe pendant la deuxième année et elle disparaît complètement lors de la troisième année qui suit le diagnostic, si on exclut les cas de récidives du cancer. "C'est rassurant pour les femmes qui ont eu un cancer du sein, et pour les employeurs également, de constater que, trois ans après le diagnostic, elles ne s'absentent pas plus que les autres travailleuses québécoises et que cet épisode de leur vie est maintenant derrière elles", commente Elizabeth Maunsell.

Toutes les travailleuses ne sont pas égales face au cancer du sein, suggèrent d'autres résultats de l'étude. Ainsi, une proportion significative de femmes ne s'absentent pas pour une période de quatre semaines ou plus pendant la première année, même si elles doivent subir une chirurgie et recevoir des traitements adjuvants. Ces femmes représentent 2 % des travailleuses syndiquées, 15 % des travailleuses non syndiquées et 34 % des travailleuses autonomes interrogées lors de l'enquête. "L'option de s'absenter du travail après un diagnostic de cancer du sein semble moins accessible aux travailleuses non syndiquées et aux travailleuses autonomes, souligne la chercheure. On ignore pour l'instant si cela a un impact sur leur retour à la santé." Elizabeth Maunsell relève au passage que 74 % des femmes du groupe cancer se sont absentées du travail pour une période dépassant les 15 semaines d'assurance-emploi prévues pour cause de maladie.

"D'un point de vue humaniste, ces disparités sont injustes, reconnaît-elle, mais ce n'est pas une situation exclusive au cancer du sein. C'est également le cas pour toutes les maladies dont le traitement est long. Il ne faut pas chercher à faire des règles générales qui s'appliqueraient à toutes les travailleuses car certaines veulent reprendre le travail rapidement parce qu'elles se sentent mieux ainsi. Il me semble qu'il faudrait plutôt chercher la meilleure façon d'aider chaque personne à passer à travers cette épreuve", propose-t-elle.