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22 septembre 2005

   

Université Laval

Légiférer d'égal à égale

Le gouvernement fédéral devrait rendre des comptes sur l'égalité entre les sexes

par Renée Larochelle

Au Canada, l'égalité entre les hommes et les femmes est loin d'être atteinte. Si des progrès importants ont été accomplis dans le domaine, il n'en demeure pas moins que beaucoup de choses restent à faire pour renforcer l'égalité entre les sexes. C'est dans cet esprit que la ministre du Patrimoine canadien et ministre responsable de la Condition féminine, Liza Frulla, a annoncé récemment la création d'un groupe d'expertes en la matière, composé de Louise Langevin, professeure à la Faculté de droit de l'Université Laval, qui fera équipe avec deux autres spécialistes du droit des femmes, Georgina Steinsky-Schwartz et Dorienne Rowan-Campbell.

"Notre mandat consiste à conseiller la ministre sur les meilleurs mécanismes à adopter pour promouvoir l'égalité entre les sexes au Canada, explique Louise Langevin. Nous examinerons la Charte canadienne des droits et des libertés, la jurisprudence canadienne et la législation élaborée dans d'autres pays. De façon spécifique, nous ferons une analyse comparative entre les sexes, en nous demandant dans quelle mesure tel ou tel projet de loi a un effet négatif sur les femmes." Par exemple, rapporte la juriste, le nouveau programme d'assurance-emploi pénalise les personnes qui travaillent à temps partiel et, donc, désavantage les femmes car ce sont elles qui travaillent le plus à temps partiel dans notre société. "C'est comme si le gouvernement n'avait pas évalué la portée des changements apportés à l'assurance-emploi, dit Louise Langevin. Avant de mettre sur pied un projet ou de voter une loi, les responsables devraient se demander dans quelle mesure le projet affectera les femmes".

Des femmes trop égales
À son avis, le problème vient du fait qu'il n'existe aucun mécanisme de contrôle quant à l'analyse comparative des sexes dans les ministères. Dans cette optique, Louise Langevin croit que la solution réside dans l'adoption d'une loi-cadre sur l'égalité des sexes qui forcerait le gouvernement à appliquer l'analyse comparative entre les sexes et à rendre des comptes sur la situation des femmes au Canada, et ce, de la même manière qu'il existe une loi sur le bilinguisme dont on peut mesurer facilement l'application et les effets.

"Oui, il y a eu des progrès, mais à travail égal, les femmes gagnent encore 70 % du salaire des hommes, déplore Louise Langevin. Qu'on pense à la question de la conciliation travail et famille, à l'absence des femmes en politique où à la sexualisation du corps des adolescentes, pour ne citer que ces exemples. De plus, on coupe dans les programmes sociaux, là où les femmes comptent pour la majorité. Il y a cette idée que l'égalité est faite mais c'est faux. Pour certains, les femmes sont mêmes trop égales!"

Le groupe d'expertes doit remettre son rapport à la ministre Frulla en novembre. Une histoire à suivre.