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22 septembre 2005

   

Université Laval

Apprendre pour mieux vivre

L'éducation postsecondaire demeure la voie de l'émancipation, affirme Renée Cloutier

par Renée Larochelle

Autant aux États-Unis, au Canada qu'en Grande-Bretagne, les femmes sont majoritaires aux études collégiales et au 1er cycle universitaire. On pourrait donc penser que l'appartenance sexuelle n'est plus considérée comme un des enjeux majeurs des études portant sur la réussite éducative en enseignement supérieur. Qu'en est-il vraiment et que nous réservent les années à venir? C'est ce qu'a tenté de savoir Renée Cloutier, professeure au Département des fondements et des pratiques en éducation.

Sociologue de formation, Renée Cloutier a livré les résultats de sa recherche lors du midi-recherche organisé par la Chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes, le 20 septembre. Pour les fins de cette étude, la chercheure a choisi 12 articles parus dans des revues scientifiques canadiennes et américaines en sciences de l'éducation. Tous les articles sélectionnés cadraient leurs analyses dans le champ des études féministes, un choix délibéré de la part de Renée Cloutier.

"Il y a des gains concernant la progression des femmes en éducation postsecondaire mais tout n'est pas réglé pour autant, souligne Renée Cloutier. Par exemple, les jeunes femmes ne sont pas mieux représentées dans tous les programmes d'études, ni dans les collèges et universités élitistes. De même, pour un niveau de scolarité et de diplôme similaires, les hommes gagnent encore des salaires plus élevés que les femmes."

Parmi les facteurs ayant favorisé la progression des femmes figure une plus grande considération des bons résultats scolaires dans les politiques d'admission en enseignement supérieur. Sans compter que les jeunes femmes se montrent moins traditionnelles que les hommes en ce qui concerne lse stéréotypes sexuels et les choix de programmes d'études. Ainsi, note Renée Cloutier, les jeunes hommes vont s'exclure eux-mêmes de programmes qu'ils jugent trop féminins ou féminisés, comme par exemple les sciences de l'éducation, alors que les filles seront davantage portées à explorer des avenues moins conservatrices.

Des conditions gagnantes
En revanche, certains facteurs freinent les femmes dans leur montée aux études supérieures. C'est le cas du travail "invisible", c'est-à-dire les tâches ménagères et le soin des enfants, plus souvent qu'autrement le lot des femmes, et qui a des effets contraignants sur l'insertion professionnelle féminine. Des arrêts d'étude entre la fin du secondaire et le début des études collégiales, l'occupation d'un travail à temps plein constituent d'autres facteurs défavorables. Mais qu'on soit un homme ou une femme, être célibataire et ne pas avoir d'enfants sont des conditions gagnantes qui augmentent les probabilités d'inscription au collégial.

"Je crois en la nécessité de l'éducation dans la prise de conscience des inégalités et du développement des habiletés d'empowerment, pour les étudiantes et les étudiants qui sont les premières personnes de leurs familles à fréquenter le collège ou l'université, affirme Renée Cloutier. Malgré les imperfections et les contradictions du système scolaire, je pense que l'éducation postsecondaire est un espace d'émancipation exceptionnel."