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15 septembre 2005

   

Université Laval

Rumeurs

En matière d'agression sociale chez l'enfant, l'environnement pèse plus lourd que les gènes

par Renée Larochelle

Des fillettes qui choisissent délibérément d'ignorer une petite fille afin de l'exclure du groupe, un garçon qui répand de fausses rumeurs sur un autre: autant d'exemples d'agression sociale qui sont monnaie courante dans les cours d'école. Plus subtile que l'agression physique, mais tout aussi blessante selon les victimes, cette attitude dépendrait davantage de l'environnement dans lequel l'enfant grandit que de son bagage génétique. En fait, les facteurs génétiques pèseraient peu dans la balance de l'agression sociale (environ 20 %), alors que le comportement parental et l'influence des amis constitueraient des poids lourds en la matière. L'agression sociale étant un comportement appris, il est donc possible de la prévenir. C'est ce que révèlent les résultats d'une étude récente menée par une équipe de chercheurs de l'Université Laval, de l'Université du Québec à Montréal et de l'Université de Montréal.

"Nos conclusions peuvent avoir d'importantes répercussions pour des interventions préventives, en ce sens qu'elles suggèrent qu'une réduction du comportement agressif en bas âge peut aussi prévenir le développement de l'agression sociale chez le jeune enfant", indique Ginette Dionne, professeure à l'École de psychologie à l'Université Laval qui, avec Michel Boivin, également de l'École de psychologie, a collaboré à cette étude.

Le monde des petits
Afin de mieux connaître les causes de l'agression sociale chez les enfants, les chercheurs ont suivi une population de 234 paires de jumeaux âgés de 6 ans habitant la région de Montréal. Pour les fins de l'étude, ils ont demandé aux enseignants qui côtoyaient quotidiennement ces jeunes de noter les actes d'agression sociale perpétrés envers leurs pairs. Les enseignants avaient aussi à consigner les actes d'agression physique dont ils étaient témoins comme les batailles, les bousculades et autres prises de bec. À leur tour, les élèves étaient invités à pointer les camarades qu'ils considéraient comme les plus agressifs, autant au plan physique qu'au plan social.

"Bien que l'agression physique et l'agression sociale soient différentes, la tendance à être agressif physiquement conduirait à un degré plus élevé d'agression sociale, alors que l'inverse n'est pas nécessairement vrai, souligne Ginette Dionne, qui ajoute que les gènes jouent un rôle plus important dans la tendance à avoir recours à l'agression physique. L'agression physique étant mal vue et sanctionnée dans notre société, l'enfant aura tendance, vers la fin de la petite enfance, à la remplacer par des stratégies moins risquées et plus acceptables socialement." Enfin, selon le rapport des autres enfants, garçons et filles seraient sur un pied d'égalité en matière d'agression sociale, ce qui vient contredire l'idée généralement répandue selon laquelle les filles, davantage que les garçons, seraient passées maîtres dans l'art de faire courir la rumeur ou de dénigrer autrui pour régler leurs comptes personnels et se frayer un chemin dans le monde des petits. Les enseignants perçoivent toutefois les filles comme plus agressives socialement et les garçons plus agressifs physiquement