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15 septembre 2005

   

Université Laval

Quand l'ARN se tait

Le chercheur Martin Simard publie dans Science un poster sur des molécules qui réduisent l'ARN au silence

par Jean Hamann

Lorsqu'on l'interroge sur les raisons qui ont amené la revue Science à le contacter pour la production d'un poster sur les petits ARN non codants, Martin Simard hésite, brode, tourne autour du pot. Le jeune chercheur du Centre de recherche en cancérologie prend tous les détours possibles pour ne pas admettre qu'il est l'un des experts du domaine. Pourtant, s'il ne l'était pas, pourquoi diable Science lui aurait-il confié la tâche titanesque de résumer schématiquement toutes les connaissances importantes touchant ces molécules qui révolutionnent la biologie cellulaire depuis quelques années?

Il y a un peu plus d'un an, les responsables de Science, qui préparaient un dossier spécial sur l'ARN, ont invité Martin Simard et György Hutvagner, de l'University of Dundee School of Life Sciences en Écosse, à produire, avec l'aide d'une équipe de la revue, une synthèse visuelle des connaissances sur les petits ARN non codants, des molécules particulièrement chaudes en biologie moléculaire. Le résultat, paru dans l'édition du 2 septembre de la revue américaine, est un grand poster détachable qui pourrait bien se retrouver sur les murs de nombreux labos à travers le monde sous peu. "Ça a été une super expérience, mais il a fallu y mettre beaucoup plus de temps que prévu, admet le chercheur rattaché à la Faculté de médecine. Nous avons travaillé l'équivalent d'un mois à temps plein pour rassembler toutes les connaissances sur le sujet et pour peaufiner la présentation. Comme pour un article scientifique, le travail a été revu par des arbitres qui ont suggéré des corrections."

Le poster décrit les fonctions et les modes d'action de deux classes de petits ARN non codants, les microARN (miRNA) et les coARN interférents (siRNA). Ces courts segments de nucléotides, qui se trouvent aussi bien chez la plus humble des levures que chez le plus prétentieux des hommes - une preuve manifeste de leur rôle fondamental dans la cellule ­ interagissent avec l'ARN qui transporte l'information génétique entre le noyau et le site de production des protéines. Du coup, ils contrôlent l'expression des gènes. On leur attribue également des fonctions dans la stabilité du génome et dans la protection contre les virus. Côté recherche, la synthèse d'ARN non codants en laboratoire a fait exploser l'étude de la fonction des gènes depuis cinq ans. Côté médical, on envisage leur recours pour interférer avec la progression de certaines maladies, notamment les cancers.

Martin Simard admet avoir beaucoup appris en réalisant cette synthèse visuelle qui donne une vue d'ensemble de toutes les fonctions connues des petits ARN non codants, et qui met également en lumière les questions névralgiques encore sans réponse. "Je crois que le poster sera utile aux chercheurs qui s'intéressent déjà au sujet, et j'espère qu'il incitera les autres chercheurs à se poser des questions sur le rôle que les petits ARN non codants peuvent jouer dans les sentiers métaboliques qu'ils étudient."