Au fil des événements
 

15 septembre 2005

   

Université Laval

Une année déterminante pour l'avenir de l'Université

À mi-mandat, le recteur Michel Pigeon jette les bases d'un important virage institutionnel

par Yvon Larose

"C'est à un changement de notre culture institutionnelle que nous sommes appelés. La bonne nouvelle, c'est que je crois que nous sommes disposés à prendre le virage. L'Université Laval, qui doit demeurer une grande université de recherche, devient, je dis bien devient, une université adaptée au monde, engagée dans son milieu, en somme une université citoyenne." C'est par ces mots que le recteur Michel Pigeon a clos le discours de la rentrée qu'il a prononcé, le mardi 13 septembre en la salle du Conseil du pavillon Louis-Jacques-Casault, devant les membres du Conseil universitaire et du Conseil d'administration.

Développement de la formation continue et de la formation à distance, renouvellement du Plan de développement de la recherche, nouvelle tournée des unités et des services, développement de la vocation résidentielle de l'extrémité nord-est du campus, nomination de responsables du développement stratégique de l'Université en régions et à Montréal, enfin création d'une commission d'examen des pratiques de gestion à l'Université, telles sont les principales actions qu'entendent concrétiser Michel Pigeon et son équipe au cours de l'année 2005-2006.

D'entrée de jeu, le recteur a demandé: "Où va l'Université Laval?" Il a répondu: "Je vous dirai d'abord que l'Université Laval est à une croisée de chemins. Nous vivons une situation difficile, financièrement parlant, et nous la vivons dans un monde en ébullition et extrêmement concurrentiel. Il n'est un secret pour personne que nous assistons présentement à une véritable révolution dans le monde de l'enseignement supérieur." Selon lui, la direction de l'Université, dans ce contexte, a la responsabilité de faire des choix et de poser les gestes qui s'imposent. "Il faut, a-t-il dit, prendre maintenant des décisions qui vont orienter ce que sera l'Université Laval dans cinq, voire dans dix ans."

Une révolution tripartite
Le recteur Pigeon a convié ses auditeurs à relever un défi élevé: celui de positionner l'Université Laval dans ce qu'il a appelé "la révolution du savoir, du savoir-faire et du savoir-être". Il faut, selon lui, tout mettre en oeuvre pour répondre aux besoins d'apprentissage de l'étudiant du 21e siècle. Le défi est de taille puisque cet étudiant change beaucoup et rapidement dans un monde lui-même en mutation. "Certains veulent des cours à distance, d'autres veulent se former sur cinq ans, certains veulent attendre à 30 ans avant d'acquérir une formation universitaire, d'autres sont retraités du marché du travail, les demandes sur l'université sont multiformes, explique Michel Pigeon. Nous vivons par ailleurs dans un monde très différent. Étudier est devenu une activité parmi d'autres. Aujourd'hui, on peut vouloir apprendre tout au long de sa vie. Les étudiants ne veulent pas seulement la connaissance, ils veulent aussi le savoir-faire comme la capacité d'analyse, le travail d'équipe ou la communication écrite. Ils veulent aussi être mobiles et poursuivre leurs études à l'étranger. Aujourd'hui, près de 10 % de nos étudiants de premier cycle vont en stage à l'étranger. Au fond, l'université doit être citoyenne en étant attentive aux besoins de la société et en s'y adaptant."


Les principaux chantiers en 2005-2006: développement de la formation continue et de la formation à distance; renouvellement du Plan de développement de la recherche; nouvelle tournée des unités et des services; développement de la vocation résidentielle de l'extrémité nord-est du campus; nomination de responsables du développement stratégique de l'Université en régions et à Montréal; création d'une commission d'examen des pratiques de gestion à l'Université.


S'ouvrir à la formation non traditionnelle
En 2005-2006, la direction de l'Université assurera une évaluation régulière ainsi qu'un suivi plus systématique de l'évaluation de l'enseignement. Elle prendra les mesures nécessaires pour favoriser un meilleur accueil et une meilleure intégration des étudiants nouvellement admis. Mais le choix le plus stratégique vise le développement de la formation non traditionnelle, en particulier la formation continue et la formation à distance. À Laval, 15 % des activités d'enseignement sont en formation continue. La direction de l'Université demandera donc à chaque faculté et à chaque département de se prononcer et de se positionner sur la formation non traditionnelle. Les actions posées tiendront compte des spécificités propres à chaque discipline. Le prochain exercice budgétaire, pour l'année 2006-2007, prévoira des allocations pour le développement des priorités stratégiques que sont la formation à distance et la formation continue.

"Le développement de la formation non traditionnelle constitue un enjeu clé, prioritaire et déterminant pour l'avenir de l'Université, a affirmé Michel Pigeon. Il y a une demande croissante pour ces types de formation et, pour demeurer concurrentielle, l'Université doit se donner les moyens de répondre à cette demande." Ce dernier rappelle que plusieurs professeurs et plusieurs unités ont déjà fait un grand pas dans le développement d'une offre de formation non traditionnelle. Il estime toutefois que ce mouvement doit être accéléré. Il faut aussi regrouper les forces et créer une synergie et une cohérence institutionnelles. "Il y a un virage à prendre pour assurer à la fois notre pertinence et le maintien de notre croissance, mais aussi, disons-le clairement, pour assurer notre financement, a-t-il ajouté. Car la formation traditionnelle, c'est-à-dire la formation initiale des jeunes en classe, n'est plus en croissance."

En internationalisation de la formation, un groupe de travail, mis sur pied au début de l'année, soumettra des avis, notamment sur le développement international, sur le recrutement international, en particulier aux cycles supérieurs, et sur le développement de projets de formation à l'étranger. "La stratégie primaire que nous nous étions donnée portait sur l'internationalisation de la formation au moyen du profil international, souligne Michel Pigeon. Nous sentons le besoin de développer une stratégie plus large."

Le vice-recteur à la recherche, en collaboration avec la Commission de la recherche, produira, quant à lui, un nouveau plan de développement de la recherche ainsi que la stratégie pour le mettre en oeuvre. Le but visé est le maintien du leadership de l'Université dans de nombreux domaines, de même que le développement de nouveaux créneaux d'excellence.

Poursuivre l'amélioration de la communication interne
En 2003, le Conseil d'administration a adopté cinq grandes orientations stratégiques. L'une d'elles, "la réussite par une cohésion interne accrue", a pris plusieurs formes, dont une tournée des unités et des services, l'automne dernier, par le recteur et des membres de son équipe. "Malgré tous les efforts faits en communication interne, précise ce dernier, les gens, à tous les niveaux, veulent être de plus en plus en contact avec la direction de l'Université. Nous allons prendre divers moyens pour répondre à ce besoin, dont une nouvelle tournée des unités et services cet automne." L'équipe de direction intensifiera son interaction, notamment auprès des directeurs des départements, écoles et services ainsi qu'auprès des chercheurs.

Avec une négociation en cours, deux qui débuteront sous peu et quatre conventions collectives venant à échéance au printemps prochain, l'année 2005-2006 aura une forte connotation "relations de travail". Elle sera également une année-charnière pour les services offerts aux étudiants. La direction de l'Université fera un examen rigoureux des pratiques et des services offerts. La Politique de reconnaissance de la participation étudiante sera revue à l'automne. La Commission des affaires étudiantes déposera un avis sur l'accueil et l'intégration des étudiants étrangers.
La direction de l'Université donnera cette année le coup d'envoi pour la mise en oeuvre des recommandations de la Commission d'aménagement de l'Université Laval. Le groupe de travail mis sur pied pilotera le démarrage d'un premier chantier, celui du secteur Myrand, appelé à une vocation résidentielle et situé à l'extrémité nord-est du campus. "Si l'on avait voulu faire un pavillon Parent avec deux tours, on n'aurait pas eu besoin d'une commission d'aménagement, indique le recteur. Il faut penser en termes de quartier d'habitations." Dans les prochaines semaines, le groupe de travail contactera toutes les parties concernées par le développement de ce secteur, en particulier les associations étudiantes qui ont soumis des projets de résidences. Plus globalement, l'équipe de direction souhaite travailler avec les étudiants dans différents projets, par exemple la mise sur pied d'un programme de covoiturage et la création d'un laissez-passer universel d'autobus.

Être partenaire du développement des régions
La direction de l'Université nommera cet automne une personne responsable de l'action de l'Université dans les régions du Québec, à l'exception de Montréal, pour tout ce qui touche à l'enseignement, à la recherche et aux services à la collectivité. Son mandat portera sur le développement des activités de formation en région, sur la coordination avec les pôles universitaires et sur le développement de partenariats. "L'Université doit passer du rôle de simple pourvoyeuse de services à partenaire du développement des régions", a affirmé le recteur Pigeon. Ce dernier a rappelé que 45 % des étudiants inscrits à Laval viennent de l'extérieur de la région de Québec, d'où l'importance des régions pour le recrutement. La direction nommera par ailleurs une personne responsable sur place de la grande région de Montréal. Son mandat portera sur l'offre de formation initiale et continue dans des secteurs complémentaires à ceux offerts par les autres institutions montréalaises, ou qui font partie des créneaux d'excellence de l'Université.

Lobbying et philanthropie
Le recteur entend poursuivre cette année ses efforts dans le dossier du sous-financement des universités. Il entend également mettre l'accent sur le financement privé. Il a rappelé que le PEPS, l'agrandissement du pavillon Palasis-Prince et le pavillon Alphonse-Desjardins, entre autres, ont vu le jour grâce à des campagnes de financement.

Selon Michel Pigeon, le contexte de budget restreint dans lequel évolue l'Université appelle à une révision des façons de faire. Les structures doivent être simplifiées et allégées et devenir plus cohérentes et plus souples. Dans ce but, le recteur demandera, lors de la réunion du Conseil d'administration du 28 septembre, de mettre sur pied une commission d'examen des pratiques de gestion. Cette commission sera présidée par un membre externe du Conseil. Elle examinera les façons de faire de toutes les unités et services. Elle se penchera notamment sur les problèmes liés au cloisonnement des unités, sur la gouvernance, sur la rationalisation des programmes et sur la stratégie de renouvellement du personnel. "Je pense que l'on fait du bon travail en matière de gestion, indique Michel Pigeon. Mais il y a toujours place à amélioration. La Commission aura un impact, tant au niveau de notre manière de gérer qu'au niveau de la transparence. Et la commission ne travaillera pas pendant trois ans. Nous voulons aller vite et nous attendrons un rapport en dedans d'un an."

Un bilan de trois ans
Élu à l'automne 2002 pour un mandat raccourci de quatre ans et demi, avec un an et demi à faire avant la prochaine course au rectorat, le recteur Michel Pigeon a livré un bilan couvrant non pas l'année écoulée, comme le veut la tradition, mais ses trois premières années de mandat à la direction de l'Université. "Dans le contexte financier et concurrentiel qui est le nôtre, je suis plutôt satisfait de ce que nous avons accompli en 33 mois", a-t-il déclaré.

Entre 2002 et 2005, la direction de l'Université a privilégié l'ouverture aux besoins des étudiants et l'adaptation aux besoins de la société. Le volet enseignement a vu en particulier la création de nouveaux baccalauréats, de nouveaux programmes de deuxième et de troisième cycles, et de nouveaux bacs intégrés, ainsi que la création du profil international. Depuis 2003, la direction de l'Université a signé 96 nouvelles ententes DEC+BAC. Elle a aussi donné le feu vert à la modernisation du système de gestion des études. Mentionnons également l'avis de la Commission des affaires étudiantes sur la persévérance et la réussite des étudiants, de même que la réflexion en cours à la Faculté des études supérieures relativement à l'encadrement des étudiants aux cycles supérieurs. Le volet recherche a vu la réaffirmation de l'importance du lien enseignement-recherche, l'évaluation en continu des centres de recherche, la dotation de plusieurs Chaires de recherche du Canada, ainsi que la création de chaires industrielles et de chaires capitalisées. L'Université occupe tantôt le cinquième, tantôt le sixième rang des dix plus grandes universités de recherche au Canada.

À l'écoute de la communauté universitaire
Le recteur s'est donné, entre autres priorités, celle d'être à l'écoute de la communauté universitaire, accessible et en lien avec elle. Tournée des unités, des services et du personnel administratif, déjeuners ponctuels et lettre aux membres de la communauté témoignent de cet engagement. Plusieurs éléments ont contribué à rehausser la qualité de vie au travail, notamment des activités de reconnaissance, la politique pour contrer le harcèlement et le programme de formation des gestionnaires. La direction a aussi signé des conventions collectives avec le SPUL, le SCCCUL, le SEUL, le SPPRUL et l'APAPUL. Les trois dernières années ont vu, entre autres, le coup d'envoi des travaux de construction du Centre de transformation sur le bois ouvré et du Centre d'optique photonique et laser.

Pour favoriser le rayonnement et la mise en valeur de l'Université, l'équipe de direction a notamment mis en place une plate-forme d'identification visuelle, lancé une campagne publicitaire de recrutement et créé la Direction des affaires publiques. Depuis 2002, 299 nouvelles ententes visant l'internationalisation de la formation ont été signées avec des institutions de par le monde. L'Université est maintenant implantée sur la Rive-Sud de Québec. Elle est partenaire de pôles universitaires en Montérégie et dans les Basses-Laurentides. La diversification de l'offre en formation continue se poursuit dans la région de Montréal.

Sous-financée, comme les autres universités québécoises, Laval souffre en plus d'un manque à gagner annuel de 11 millions de dollars causé par l'iniquité de la grille de financement du ministère de l'Éducation. "Malgré cela, a précisé le recteur, nous avons réussi à maintenir, depuis notre arrivée en poste, des budgets d'opérations équilibrés." Depuis deux ans, l'Université a par ailleurs atteint ses objectifs de recrutement d'effectifs étudiants. Enfin, la campagne "De toutes les révolutions" a permis d'amasser, à ce jour, près de 70 millions de dollars sur un objectif de 150 millions.

Selon Michel Pigeon, l'Université Laval a progressé dans sa volonté de positionnement sur l'échiquier québécois et international. Elle a également progressé sur le plan de son image de marque centrée sur sa mission, soit la réussite étudiante. "Mais, a-t-il dit, il reste beaucoup à faire et nous devons accélérer la cadence."

Le texte intégral du discours de la rentrée 2005-2006 du recteur Michel Pigeon sera disponible sous peu dans le site Web institutionnel.