Au fil des événements
 

15 septembre 2005

   

Université Laval

Le courrier

Avaler n'importe quoi?

Dans Le Soleil du 8 courant, on nous entretenait du bras-de-fer qui se profile (ou se poursuit) à l'Université Laval entre la gent étudiante et la multinationale étatsunienne Sodexho en regard au lucratif contrat de distribution alimentaire sur le campus pour... les dix prochaines années. Bien que je m'explique fort mal que l'administration du recteur Pigeon ait dans ce dossier accordé sa confiance à cette entreprise plutôt qu'à "ses propres ouailles" - formées par ses propres soins et lesquels ne sont tout de même pas des enfants -, je ne reviendrai pas ici sur le fond du litige que je laisse aux "compétiteurs" concernés et à la direction de mon alma mater.
Je me contenterai plutôt d'un "petit" détail qui, à mes yeux, en dit déjà fort long sur cette firme Sodexho. En quelques secondes à peine, ce même 8 septembre (je n'avais même pas encore lu l'article du Soleil à ce moment-là), je désirais me sustenter rapidement à la cafétéria du pavillon Bonenfant, alors que beaucoup de travail m'attendait à la Bibliothèque générale aux étages supérieurs. Or, le temps de m'accaparer un sandwich et un café, il me fut permis en un éclair de constater maintes gifles à la langue française dans l'affichage des lieux. Tout d'abord, un placard à hauteur d'homme immédiatement derrière le comptoir - on ne peut le manquer -, lequel écriteau faisait la promotion de je ne sais quel produit en anglais. Puis, c'est la distributrice à café qui "s'adresse" à moi, toujours dans l'idiome de ce grand sage amoureux de paix, de démocratie, de Cajuns et de négritude nommé George W. Bush. Enfin, le temps de récupérer une serviette de table ou deux, voilà que c'est le distributeur de ces produits qui ne fait aucun cas de la langue des Québécois...

Alors voici, ma position est fort simple, messieurs/mesdames de Sodexho: dégoûtée, on ne m'y reprendra plus. Désormais, j'apporterai mes propres victuailles à mon travail (dont un thermos de "vrai" café) ou, selon les jours, sans doute, je fréquenterai les quelques rares comptoirs étudiants encore accessibles dans l'enceinte de l'Université, notamment au pavillon De Koninck.

Cela dit, et pour ainsi dire en revanche sinon en aparté (soyons honnêtes en mettant les choses en perspective), il faut bien admettre que ces entreprises qui viennent faire des affaires au Québec comme s'il s'agissait du English Canada, voire des United States of America, ont devant les yeux d'ores et déjà - ici même dans notre propre maison nationale, et en provenance des plus hautes autorités - des illustrations réitérées d'un laisser-aller sinon d'un mépris de notre propre langue. Du gouvernement de M. Jean Charest qui s'amuse à tout bilinguiser sur son passage (l'enseignement de l'anglais dès la première année de l'élémentaire en prime, alors que nos enfants sortent encore des universités doués d'une maîtrise approximative de leur propre langue maternelle) au ministre Pierre Pettigrew qui n'a pas énoncé une phrase intelligente sur le Québec depuis certainement vingt ans (au bas mot) - et devant lequel s'écrase Mme Monique Gagnon-Tremblay, "notre" (?) ministre québécoise des Affaires internationales. Il faut bien considérer, en effet, que l'exemple du discrédit systématique du foyer national de la Francophonie en Amérique vient de haut. De très haut. Avec des "parents" semblables, hélas!, nul besoin de pédophiles dans les cours d'école...

Alors, quoi, sinon qu'il faut revenir à la "base". C'est pourquoi je vous dis: beaucoup de succès dans vos démarches, jeunes lavallois !

MARIE-LOUISE LACROIX
Québec